Selon la dernière étude du canadien Thomson Financial, les rapprochements entre sociétés sont partis pour atteindre des sommets. Le point sur ce phénomène mondial galopant avec Elie Cohen, chercheur au CNRS.
Le rythme des fusions/acquisitions est aujourd'hui quasi frénétique. Partout, dans tous les secteurs, que ce soit dans la pharmacie (Johnson&Johnson/Pfizer, Bayer/Schering), les télécoms (ATT/BellSouth, Alcatel/Lucent), les transports (Dubaï/P&O), les infrastructures (Abertis/Autostrade), la sidérurgie (Mittal/Arcelor), l'énergie (Gas Natural/Endesa) ou la banque (Natexis/Ixis). Selon le cabinet d'études Thomson Financial, le total des rapprochements atteignait ainsi 1.700 milliards de dollars pour le seul premier semestre 2006 ; soit une envolée de 35% par rapport à 2005. Et devrait culminer à près de 3.500 milliards à la fin de l'exercice. Ce qui représenterait plus d'1 fois et demi le PIB de la France. Rien que dans l'Hexagone, le cabinet canadien chiffre à 110 milliards la valeur des transactions bouclées ou annoncées. Le point en deux questions sur ce phénomène galopant avec Elie Cohen, chercheur au CNRS.
Les fusions/acquisitions sont de plus en plus risquées et pourtant le mouvement mondial n'a jamais été aussi conséquent. Paradoxe ?
Le monde regorge de liquidités accumulées depuis près de trois ans maintenant, mais dans le même temps, les possibilités d'investissement – notamment dans l'énergie – demeurent relativement limitées. La Chine, par exemple, le pays pourtant le plus dynamique du moment, reste encore trop fermé aux capitaux occidentaux. De sorte que pour les multinationales et les hedge-funds, il est toujours plus rentable de s'attaquer à l'existant, et de tenter ainsi des opérations de croissance externe. Quitte à encourir un risque d'échec élevé. En somme, l'excès de capitaux abaisse mécaniquement le seuil d'aversion au risque.
Les rapprochements paraissent plus complexes, plus lents. Doit-on en déduire une multiplication des obstacles ?
Aujourd'hui, il ne faut pas se leurrer. Hormis quelques prurits de « patriotisme économique » ici où là, on se rend compte que les Etats ne pèsent plus ou si peu. Il n'est que de voir le lamentable spectacle de l'affaire Mittal/Arcelor, où l'on a vu les autorités se ridiculiser pendant des mois, pour s'en persuader. Le vrai souci est cependant ailleurs : les antitrusts, ceux que l'on nomme les régulateurs du marché, fonctionnent globalement mal. Dans l'Union européenne, par exemple, on a ainsi tendance à bloquer au nom d'atteintes supposées à la concurrence mais sans vision européenne. Aux Etats-Unis, en revanche, on laisse faire et on regarde ensuite, au risque de devoir démanteler (ATT) ou infliger des amendes drastiques.

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