Le plan d'aide aux banques finira par creuser le déficit public

Julie de la Brosse -  30/06/2009 18:32:00 
 

A la demande du chef de l'Etat la Cour des comptes a présenté mardi les premiers éléments d'évaluation du plan de soutien aux banques. Philippe Seguin rappelle la nécessité de ce plan et espère dissiper certains malentendus.

DOSSIER
Crise financière : où en est-on ?

Le plan d'aide aux banques était souhaitable et nécessaire a assuré Philippe Seguinqui a dévoilé ce mardi matin les premiers éléments d'évaluation du dispositif. Annoncé après la faillite de Lehmann Brother en septembre dernier, ce dernier prévoyait un effort massif de 360 milliards d'euros, dont la légitimité fut fortement remise en cause par l'opinion publique. Pour répondre à cette incompréhension Nicolas Sarkozy mandatait en février dernier le président de la Cour des comptes pour évaluer la pertinence du dispositif. Selon ce rapport, le plan d'aides aux banques mis en place suffisamment rapidement a permis d' « éviter une crise systémique » catastrophique pour l'économie française, et en cela « il a atteint son objectif ».

Les points à améliorer

Mais dans le détail, certains aspects de ce plan méritent d'être améliorés.

  • La participation de l'Etat - Au menu des recommandation de la Cour des comptes, la réflexion autour d'une éventuelle participation de l'Etat aux conseils d'administration. Car aujourd'hui, grâce aux récentes injections de fonds propres, l'Etat est devenu l'un des actionnaires les plus importants des banques françaises avec 15,9% de BNP Paribas, 7 ,2% de la Société Générale, 5,7% de Dexia et potentiellement 20% du futur groupe Caisse d'épargnes - Banques Populaires. « Il ne s'agit pas d'associer l'Etat à la gestion des établissements bancaires, mais bien de rendre effectif son droit à l'information » explique la Cour des comptes.
  • La sortie du dispositif - Sans s'inscrire dans la pérennité, le plan ne doit pas bénéficier d'une sortie précipitée. Pour ce faire, l'Etat devra fixer « dès que possible » un calendrier progressif des aides, coordonner ces sorties de dispositif au niveau européen pour éviter les distorsions de concurrence, poursuivre l'assainissement des banques... et chose étonnante publier des « tests de résistance pour les banques, selon une méthodologie et des obligations de publications qui soient le plus harmonisées au niveau international ».
  • Impact sur les finances publiques- Grâce au prêt accordé par la Société de financement de l'économie française (la SFEF), la rémunération de l'Etat aurait du avoisiner 1 280 millions d'euros pour 2008, 2009. Il n'en sera rien, selon les conclusions de la Cour des comptes. Selon elle, cette rémunération pourrait être abaissée si la Commission européenne accédait à la demande de certains Etats membres que soit réduite la marge qu'ils perçoivent en contrepartie de leur garantie. La rémunération ne sera donc pas si avantageuse, tandis que le dispositif pourrait même creuser un peu plus le déficit public. Directement, si les prêts aux PME auxquels l'Etat a apporté sa garantie ne sont pas remboursés, indirectement dès lors que les fonds levés pour les banques alourdissent le montant de la dette publique et les intérêts que l'Etat devra payer pour emprunter.

Le dispositif

La prise de participation - Pour renforcer les fonds propres des banques, la SPPE, détenue à 100% par l'Etat, est mandatée pour mobiliser des financements. Elle souscrit à des titres émis par les banques afin de conforter leur solvabilité.

Le prêt - Pour favoriser le refinancement des banques afin qu'elles réouvrent le robinet du crédit, la SFEF, détenue par l'Etat à 34%, lève des fonds sur les marchés. Elle peut alors prêter de l'argent aux banques tout en étant garantie par l'Etat.

L'analyse des dossiers les plus délicats repoussée

Le rapport de ce mardi n'est qu'un rapport d'étape, il n'a pas pour vocation de répondre à toutes les questions gravitant autour du dispositif d'aides aux banques. De nombreux dossiers n'ont donc pas été traités. Malheureusement, c'est le cas pour les dossiers les plus sensibles.

  • Les banques les plus touchées- L'examen des dossiers Dexia, Natixis, ou encore de la fusion Caisse d'épargne Banque populaire a été explicitement repoussé dans les mois à venir.
  • La rémunération des dirigeants - Selon les magistrats financiers, si les mesures adoptées en la matière l'ont « été à la hâte et manquent de cohérence », aucune conclusion précise n'est fournie dans le rapport. Ainsi, la Cour suggère au gouvernement la mise en place d'un statut juridique de l'ensemble des éléments de rémunération. Mais elle remet à plus tard l'étude de leur « conformité aux normes récemment émises ». A l'époque le gouvernement avait conditionné l'octroi des aides à l'observation de certaines pratiques en matière de rémunérations, comme l'interdiction de verser des parachutes dorés aux dirigeants en cas de mauvaise gestion de leur part. Et plus récemment l'encadrement des retraites-chapeau.
  • Encours de crédits- Selon la Cour des comptes, les établissement bancaires ne pourraient pas tenir cette année leurs engagements en matière d'encours de crédit, sujet sur lequel les banques aidées s'étaient engagées à progresser de 3 à 4%. Mais ces objectfs avaient été fixés alors que le gouvernement tablait sur une croissance de l'ordre de 1 ou 1,5%. Or une fois les prévisions de croissance revues à la baisse, la Cour des comptes a bien du admettre que cet objectif ne pourrait être tenu. Conséquence, elle suggère seulement d'améliorer les indicateurs de croissance des encours afin d'avoir une connaissance plus précise de l'évolution du crédit...
 
 
Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires

Suivre le sujet
 

Pour être alerté lors de prochaines publications sur le même sujet, veuillez saisir votre email dans le champs ci-dessous :

Citer dans votre blog
 
Commentaires - (2)
zabock 2/7/2009 Recommander 0

encore l'expression du grand art de Nicolas: un grand plan pour des banque qui n'en avaient absolument pas besoin...la plupart affichent des bénéfices insolents. Par contre faire sa grande lessive au frais du contribuable ne manque pas de charme et d'attraits...

jacques bury 1/7/2009 Recommander 2

Comme toujours ou presque la Cour des Comptes a fait un travail de qualité, MAIS comme toujours ou presque, il ne sera pas vraiment suivi d'effets, en particulier la presse ne suivra pas la mise en oeuvre ou nou des différentes questions, et spécialement celle de la participation de l'Etat dans les CA, condition indispensable pour obtenir en temps utile l'information pour la décision. rappelons-nous les représentants de l'Etat au Crédit Lyonnais. S'ils ne sont pas "armés", c.à.d à la tête d'une cellule d'économistes, de comptables et de juristes, ils seront inefficaces.

 
Déjà membre : vous pouvez commenter l'actualité en direct
Vous n'êtes pas membre, laissez votre commentaire, avec votre pseudo et email. Il apparaîtra après modération.
 
VEILLE STRATÉGIQUE
  • Entreprises - 19h56 - L'Expansion.com

    Crise à Versailles, un exercice grandeur nature

    Pendant deux jours, les étudiants de l'Ircom, l'ISC, FACO Journalisme et l'ISFJ participent à un exercice de crise grandeur nature organisé par l'Ecole Européenne d'Intelligence Economique. Lexpansion.com relaie cette expérience.

  • Entreprises - 18h15 - L'Expansion.com

    Claque historique pour la publicité

    Les investissements des annonceurs ont fondu de 2,5 milliards en 2009. Tandis que les médias en ont perdu 1,5... Mais la crise est-elle la seule responsable ?

  • High Tech - 17h32 - L'Expansion.com

    Comment internet veut conquérir l'écran télé

    Google planche avec Sony sur une plateforme d'accès à internet intégrée au téléviseur. Alors que fabricants de TV et fournisseurs de contenus multiplient les partenariats, c'est un énorme marché qui va s'ouvrir pour les applications, à l'image de ce qui s'est produit sur les smartphones.

  • Entreprises - 17/3/2010 - L'Expansion.com

    "Les banques créent des besoins que les clients n'ont pas"

    Christine Lagarde vient de commander un rapport sur les frais bancaires à l'ancien patron du Crédit Agricole, Georges Pauget. La réaction de Marie-Anne Jacquot, porte parole de l'AFUB (Association Française des Usagers de Banque).

  • High Tech - 17/3/2010 - L'Expansion.com

    Comment sera mesurée l'audience de l'internet mobile

    A partir d'octobre, Médiamétrie mesurera l'audience de l'Internet mobile. En combinant les connexions enregistrées par les opérateurs et les données d'un panel, l'institut espère mettre tout le monde d'accord. Les explications de Laurent Battais, directeur exécutif performance et cross média chez Médiamétrie.

  • High Tech - 16/3/2010 - L'Expansion.com

    Quels sont les sites Web les plus créatifs de 2009 ?

    Innovations prometteuses ou délires anecdotiques, les Web Awards ont distribué leurs lauriers au festival interactif SXSW, qui a lieu chaque année au Texas. Et les gagnants sont...



publicite
librairie en ligne
L'annuaire du pouvoir 2008
 
fermer
 
Inscrivez-vous
Pourquoi devenir membre ?

Devenir membre de la communauté LExpansion.com vous permet d’accéder à un ensemble de services :

  • Commenter les articles en direct
  • Participer aux débats « Pour/contre » et proposer de nouveaux sujets
  • Recevoir, si vous le souhaitez, les newsletters : actu éco, conjoncture hebdo, high-tech ou carrière/management

C’est entièrement gratuit !

 
newsletters et alertes
 
inscrivez vous aux flux rss
 

Avec ces lecteurs:

Ou copiez le lien rss :

connexion
 

Votre adresse email n'est pas correcte

Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires