Habituée à se jouer des codes du « low cost », la compagnie allemande dirigée par Joachim Hunold espère se sortir des turbulences du secteur grâce à sa réactivité.
« L'actuelle crise du transport aérien mondial est la plus dangereuse de toutes celles que j'ai connues dans ma carrière. Personne ne sait où nous en serons dans un an. Pour guider la compagnie, je tiens mon cap, celui de la rentabilité. » Venant de Joachim Hunold, patron et principal actionnaire d'Air Berlin, n° 2 du ciel allemand (8 000 salariés, 120 avions), l'aveu a du poids. Car jusqu'à la fin de l'année dernière, rien ne semblait pouvoir ralentir la croissance de sa compagnie. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, son chiffre d'affaires a quintuplé, passant de 568 à 2 536 millions d'euros pour 29 millions de passagers transportés par an et 135 destinations desservies. Portée par le succès, Air Berlin a avalé en moins de deux ans Deutsche BA (DBA, ancienne filiale allemande de British Airways) et LTU, le spécialiste des vols long-courriers de loisirs.
Mais, fin 2007, le baril de pétrole flirtant avec les 100 dollars et le ralentissement économique ont déposé une couche de gris sur la success story. Le cours de l'action Air Berlin a été divisé par trois, et les résultats attendus cette année seront tout juste positifs. Pourtant, Joachim Hunold en est persuadé, le modèle Air Berlin, célébré comme l'une des plus belles réussites du ciel européen, survivra à la terrible tempête qui secoue les compagnies low cost européennes (lire page 120).
« Notre force tient à notre réactivité », lance ce vétéran de l'aérien. Au septième étage du siège de la compagnie, un immeuble austère proche de l'aéroport berlinois de Tegel, il détaille quelques-unes des mesures d'austérité prises en urgence pour affronter la tourmente. Les vols vers New York ont été annulés cet hiver et ne reprendront que l'été prochain. Les liaisons vers Shanghai et Pékin sont supprimées. Quatorze appareils ont déjà été retirés du service, et d'autres devraient les rejoindre sur les parkings.
Si le climat économique se dégrade encore, Air Berlin réduira ses fréquences les moins profitables et intensifiera sa présence sur les lignes les plus rentables. Peut-être faudra-t-il aller jusqu'aux licenciements, lance froidement ce patron de choc. Déjà, le siège social de DBA (52 salariés), à Munich, a fermé ses portes. Mais il n'est pas question d'arrêter les développements financièrement prometteurs, telles les négociations avec la compagnie russe Aeroflot pour relier Berlin et Moscou, ou les ouvertures de lignes vers la Scandinavie, en 2011. Joachim Hunold rappelle que la crise ne remet pas en question les solides principes qui ont présidé au développement d'Air Berlin : prix serrés, qualité du service et subtil cocktail de destinations d'affaires et de loisirs.
Seuls les avions des puissances alliées pouvant atterrir à Berlin, la compagnie est fondée dans l'Oregon en 1978 par Kim Lundgren, un ancien pilote américain de la Pan Am. Son activité repose sur l'organisation de vols charters entre Berlin et Palma de Majorque, une destination très prisée des Allemands.
Après la chute du mur, au début des années 90, Joachim Hunold démissionne de son poste de directeur commercial de LTU et reprend Air Berlin. Les vagues de passagers issues de ce qu'Olivier Fainsilber, consultant chez Oliver Wyman, appelle la « floridisation de l'Europe » font gonfler son chiffre d'affaires. Les habitants de l'Europe du Nord découvrent le soleil du Sud pendant leurs vacances, puis déménagent pour s'y installer à leur retraite, entraînant familles et proches, ce qui nourrit un flux régulier de passagers. En 1998, Air Berlin assure une liaison quotidienne entre 12 villes allemandes et Palma de Majorque.
En 2002, fort de ses succès, Joachim Hunold s'attaque au marché intérieur allemand et aux liaisons intraeuropéennes continentales. Deux innovations font sensation : comme avec les « grandes » compagnies, les billets sont vendus dans les agences de voyages et il est possible d'acheter un aller simple. La réussite est immédiate.
« Leur offre donne la migraine à Lufthansa », s'amuse Markus Franke, un autre consultant du cabinet Oliver Wyman. « Aux yeux de la clientèle affaires, l'offre internationale des autres compagnies ne peut pas se comparer avec la nôtre », rétorque Thierry Antinori, directeur commercial de Lufthansa. « Nous voulons toujours être moins chers que la compagnie régulière qui opère sur la même ligne », assure pour sa part Joachim Hunold.


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