
Ce jour-là, le 22 mai 2009, les portiques du centre d'enfouissement des déchets d'Espira-de-l'Agly (Pyrénées-Orientales) donnent l'alerte. Le camion qui vient de pénétrer dans le site est aussitôt isolé pour rechercher la source radioactive. C'est le cadran d'un vieux tableau de bord d'avion qui est à l'origine de l'incident. Les éléments phosphorescents radioactifs qu'il contient ont longtemps été utilisés dans l'horlogerie mais sont désormais interdits. Quelques mois plus tôt, c'est un vieux paratonnerre qui avait nécessité l'intervention des services de l'Andra, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. « On en trouve encore beaucoup. Ils sont dangereux, car ils contiennent des poussières d'uranium et de thorium », explique Bruno Cahen, directeur de la maîtrise des risques à l'Andra.
De telles sources de radioactivité se comptent par millions, car on a longtemps eu recours à l'atome dans l'industrie. Par exemple, les anciens détecteurs de fumée, aujourd'hui interdits, contiennent de l'américium. Rien qu'en France, on en trouve des millions, fixées au plafond dans les bureaux.
Les appareils de mesure, en revanche, font l'objet de contrôles plus stricts. Parmi ceux-ci, les gammagraphes (utilisés sur les chantiers) ou les détecteurs de peinture au plomb. En France, ils sont référencés, ce qui permet d'en garder la trace. « On ne déplore que quelques vols chaque année », précise Yann Billarand, responsable de l'unité d'expertise des sources à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.
Ailleurs, les chiffres sont plus affolants. Chaque année, aux Etats-Unis, 375 sources sont ainsi perdues ou volées. Au Canada, où, en trois ans, 75 appareils radioactifs, dont 25 dangereux, ont disparu, la commission de sûreté nucléaire vient de mettre en place un système de suivi.
En Asie, c'est bien pis. Les sources radioactives n'étant généralement pas répertoriées, on perd leur trace. On les appelle alors des sources orphelines. « Il en existe environ 1 million dans le monde », s'inquiète Didier Louvat, responsable du programme de gestion des déchets radioactifs à l'Agence internationale de l'énergie atomique. Et de citer l'exemple des navires en fin de vie contenant du cobalt. « Ils changent plusieurs fois de pavillon, et on les retrouve sur une plage indienne, où ils sont démantelés sans précaution. » Que devient la ferraille radioactive ? Elle est fondue dans les aciéries avant de revenir en Europe sous forme de rouleaux d'acier.
Le cas de la Russie est plus inquiétant. Les autorités nucléaires internationales suspectent de nombreux trafics de métaux. Or ce pays est le deuxième exportateur mondial de ferraille.
1. Des appareils ont besoin de sources radioactives
De l'uranium entre dans la fabrication de détecteurs de plomb, de fumée ou de paratonnerres, entre autres produits.
2. Ils sont jetés sans avoir été retraités
Abandonnées sans précaution dans des déchetteries, les sources radioactives deviennent « orphelines ».
3. Lors du concassage, la radioactivité se libère
Mélangés à de la ferraille pour être concassés puis broyés, des éléments hautement contaminés sont libérés.
4. De l'acier recyclé devient ainsi radioactif
Fondue avec d'autres métaux, la source radioactive contamine la production des aciéristes et leurs installations.
5. Des objets quotidiens se retrouvent contaminés
Les barres et rouleaux d'acier radioactifs entrent dans la fabrication d'objets de consommation courante.

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