
Surveillance d'emails adressés aux syndicats et aux journalistes ou contrôle des données personnelles des salariés : Harmut Mehdorn, l'un des patrons les plus tenaces d'Allemagne, n'a pas résisté aux révélations faites sur les pratiques de son entreprise.
Il démissionne mais ne veut rien lâcher : « Il ne s'agit pas d'un scandale d'espionnage des données mais d'une campagne pour transformer la politique et la direction de l'entreprise », a déclaré Hartmut Mehdorn, lundi matin à Berlin, lors de la présentation des résultats 2008 de la Deutsche Bahn. Pour lui, tout est légal et il n'a rien à se reprocher. Si il part, c'est parce que les débats déclenchés par la découverte d'incroyables pratiques d'espionnage interne à la Deutsche Bahn sont « destructeurs pour l'entreprise » et « pour tout le pays ».
Mais n'en déplaise à M. Mehdorn, l'affaire « Deutsche Bahn » et les faits déjà connus sont accablants pour ce patron absolutiste. Ils illustrent le glissement paranoïaque d'une direction d'entreprise qui, au nom d'une croisade pour le bien - la lutte contre la corruption interne-, s'est laissée piéger par la tentation du contrôle et de la censure, si faciles à l'ère électronique.
La Deutsche Bahn s'est véritablement lancée dans la lutte anti-corruption après l'arrivée à sa présidence de M. Mehdorn en 1999. Très vite, l'entreprise a nommé un « chargé de la lutte contre la corruption » et a produit un rapport annuel souvent cité en exemple. Fort de ce succès, la Deutsche Bahn, dont les enquêteurs ont débusqué plus de 500 cas de corruption aggravée entre 2000 et 2007, décide de systématiser ces pratiques.
Elle fait alors appel aux informaticiens du cabinet Network Deutschland et leur demande de comparer adresses et numéros de comptes bancaires de 173 000 salariés (sur 240 000), avec les données de 80 000 fournisseurs et sous-traitants. L'opération « Babylone » se déroule dans le plus grand secret en 2002, 2003 et 2005. Elle est cependant rendue publique à la fin 2008, après que des enquêteurs travaillant sur un scandale similaire chez Deutsche Telekom, aient découvert des dossiers concernant la DB dans les bureaux de Network Deutschland, une officine décidément bien en cour chez les grandes entreprises allemandes.
Malgré la pression qui pèse déjà sur lui au début de l'année, Hartmut Mehdorn communique au compte-gouttes. Il faut attendre plusieurs semaines avant qu'il ne s'excuse, début février dernier, auprès des salariés. Cependant, sous la pression des syndicats et du Parlement, deux enquêteurs spéciaux et le cabinet KPMG sont mandatés pour démêler l'affaire. Ce sont eux qui, vendredi dernier, ont apporté une nouvelle dimension au scandale en révélant que, depuis trois ans, la direction de la Deutsche Bahn, s'est mise à contrôler les emails de ses salariés à raison de 150 000 emails scannés chaque jour. D'après le magazine Der Spiegel, le scannage aurait porté sur la détection de courriers électroniques envoyés à une trentaine d'adresses, celles de parlementaires, de journalistes et de syndicalistes.
Le système aurait également été utilisé lors de la grande grève du rail de 2007/2008. A l'époque, plusieurs mails envoyés par le syndicat des conducteurs de locomotives (GDL) aux salariés de l'entreprise ont purement et simplement disparu. Aux dernières nouvelles, le service de presse de la Deutsche Bahn évoquait une suppression « accidentelle » due à un problème technique survenu sur le serveur de l'entreprise. Le GDL et quelques autres attendent désormais les conclusions définitives de l'enquête pour porter plainte.

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