C'est le titre du quotidien roumain Adevarul après la grève illimitée pour les salaires déclenchée dans une usine de Dacia, filiale de Renault
La grève entamée lundi par les salariés de l'usine Dacia (groupe Renault) risque de décourager les investisseurs étrangers qui avaient mis le cap sur la Roumanie, attirés notamment par le bas niveau des salaires, estiment mardi les analystes.
Les employés de l'usine de Pitesti (sud), rachetée en 1999 par le constructeur français, réclament une hausse mensuelle des salaires de 550 lei (environ 148 euros), ce qui porterait le salaire mensuel moyen brut à environ 435 euros, contre 285 euros actuellement. "Le mythe de l'ouvrier roumain bon marché est en train de s'effondrer", titre le quotidien Adevarul tandis que pour Cotidianul "l'âge d'or des bénéfices s'est achevé pour les multinationales, alors que le déficit de main d'oeuvre est en train d'instaurer une nouvelle +dictature du prolétariat+".
Qualifiée d'"inacceptable" par le patronat, cette demande s'appuie sur les résultats spectaculaires enregistrés par Dacia, notamment la hausse de 62% des ventes les deux premiers mois de l'année, et ce "suite à un doublement de la charge de travail des employés", dit le syndicat. "Nous travaillons comme en France mais nous sommes payés des cacahuètes", explique un gréviste qui souhaite garder l'anonymat.
Si les analystes sont partagés sur ces revendications, "justifiées" selon certains, "exagérées" pour d'autres, ils estiment néanmoins que cette grève est en passe de changer la donne pour les multinationales qui souhaitent s'implanter en Roumanie.
La grève de Dacia pourrait représenter un signal d'alarme pour le constructeur automobile Ford, qui vient de reprendre l'ancienne usine de Daewoo à Craiova (sud), estime pour sa part Ariel Ungureanu, conseiller auprès de Barnett McCall Recruitment.
"Le groupe américain, qui est en train de faire des calculs sur ses futurs investissements en Roumanie, va maintenant sans doute penser que d'ici deux ans ses salariés vont eux aussi demander des hausses de 70%", indique M. Ungureanu. Selon l'analyste économique, Radu Craciun, "réclamer une augmentation supérieure à 30% n'est pas réaliste et risque de provoquer un effet boule de neige, entraînant notamment une hausse de l'inflation".
Mais pour l'économiste et ancien ministre des Réformes Ilie Serbanescu, "les multinationales qui s'y sont installées traitent la Roumanie comme un pays bananier". "Si elles veulent partir, elles n'ont qu'à le faire, on ne peut pas condamner pour toujours les travailleurs roumains à des salaires de misère", affirme-t-il, en référence aux menaces voilées du patronat de Dacia, selon lequel les demandes des grévistes "pourraient mettre en péril l'avenir de l'usine, en sachant que, d'ici 2010, les usines Renault devraient ouvrir au Maroc, en Inde et en Russie et seront en mesure de produire la Logan".
Le bas niveau des salaires avait également représenté le principal atout de la Roumanie dans la décision du groupe finlandais Nokia de délocaliser à Jucu (nord-ouest) sa production de Bochum, une décision qui a créé un vif mécontentement en Allemagne. Selon des sources syndicales, les employés roumains de Nokia seront payés "7 à 8 fois moins" que leurs homologues allemands.
"Il est évident que les coûts liés aux salaires ont représenté le principal avantage" pris en compte par Nokia dans son choix de s'implanter en Roumanie, a confirmé le ministre du Travail Paul Pacuraru.

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