Crédit agricole SA annonce son intention de céder pour cinq milliards d'euros d'actifs et de restructurer Calyon, sa banque de financement et d'investissement (BFI), qui a accumulé 2,7 milliards d'euros de pertes sur les deux derniers trimestres du fait de la crise des marchés du crédit.
Le véhicule coté de la banque verte a confirmé en outre le projet d'augmentation de capital de 5,9 milliards d'euros dévoilé mardi en même temps que son bénéfice net des trois premiers mois de 2008 qui, à 892 millions d'euros, est ressorti nettement en-deçà des attentes du marché.
Comme des fuites dans la presse l'avaient laissé entendre, c'est Patrick Valroff, le patron des services financiers spécialisés du groupe et de la société de crédit à la consommation Sofinco, qui sera chargé de conduire le recentrage de Calyon et d'en réduire le profil de risque.
Il succède à Marc Litzler, un grand spécialiste des activités de marché qui était directeur général de Calyon depuis neuf mois après avoir rejoint le groupe en 2002.
Patrick Valroff, 59 ans, présentera son plan en septembre mais Crédit agricole SA a d'ores et déjà indiqué que la base de coûts de Calyon (3.537 millions d'euros en 2007) serait réduite de 10%, dont 150 millions d'euros dès 2008, et qu'il diminuerait de 10% à 15% la part de ses fonds propres alloués à sa BFI à l'horizon 2010-2011.
Le groupe entend d'autre part limiter à 1% l'évolution de ses frais cette année.
Dans le rouge à hauteur de 1,9 milliard au dernier trimestre 2007, Calyon a accusé une nouvelle perte de 795 millions d'euros au premier trimestre 2008 sous le coup de 1,2 milliard de nouvelles dépréciations liées à la crise des marchés du crédit mais aussi de pertes dans des activités comme les dérivés actions.
"Ces résultats sont vraiment horribles. Même en enlevant les dépréciations, le résultat aurait été en perte", souligne un analyste.
Le résultat trimestriel du groupe a été sauvé par d'importantes plus-values (1,3 milliard avant impôt) enregistrées sur la cession de titres Suez et l'apport de Calyon Financial à Newedge, une nouvelle coentreprise formée avec la Société générale dans le courtage de dérivés cotés.
L'analyste relève que les performances de la plupart des métiers du groupe ont été inférieures aux attentes, à l'exception notable de LCL, le réseau de l'ex-Crédit lyonnais, qui a dégagé une croissance de 3% de ses revenus.
La taille importante de l'augmentation de capital prend notamment en compte un nouvel objectif de 8,5% de ratio de solvabilité Tier 1 de la banque en nouvelles normes Bâle 2 (il se situait à 7,7% à fin mars) dans l'environnement actuel en même temps qu'un abandon de l'option de paiement du dividende 2007 en actions, qui aurait permis d'économiser 1,1 milliard d'euros,.
Actionnaires de Crédit agricole SA à hauteur de 54,4%, les caisses régionales du groupe, qui ont une influence forte sur la stratégie du groupe, ont indiqué qu'elles souscriraient à hauteur de leur participation et étaient prêtes à acquérir les titres qui ne trouveraient pas preneurs.
Pour faire face à l'environnement difficile dans les meilleurs conditions, la banque a annoncé son intention de procéder à une "gestion resserrée des fonds propres visant une croissance contenue des actifs".
Elle a confirmé le gel, annoncé en début d'année, de toute nouvelle acquisition d'envergure et indiqué son intention de céder des actifs dans les 18 prochains mois.
Cinq milliards d'euros ont déjà été identifiés pour ce programme qui pourrait inclure des participations comme celle de 5,6% dans l'italienne Intesa Sanpaolo (à elle seule 3,0 milliards au cours actuel) ou celle de 16,2% dans Eurazeo (valorisée 770 millions d'euros).
Interrogé lors d'une conférence téléphonique sur les compétences de Patrick Valroff, un spécialiste reconnu du crédit à la consommation, le directeur général, Georges Pauget, l'a présenté comme un "grand banquier" et un "excellent manager".
Dans la présentation de son augmentation de capital, Crédit agricole SA évoque la nécessité pour sa BFI, qui emploie 13.000 personnes, de capitaliser sur ses positions de leader dans les financements structurés, le courtage, la syndication obligataire et la grande clientèle, et de recentrer ses activités de marché sur ses points forts comme les dérivés de taux et de change.
Elle ne mentionne pas les dérivés actions, une activité dont Marc Litzler était le grand spécialiste, mais retient aussi comme objectif un renforcement du contrôle des risques et une réforme des systèmes de bonus.

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