Le "chantage" d'Osram est-il légal?

Thomas Bronnec -  18/06/2009 17:15:00 
REUTERS/Vincent Kessler
L'usine Osram de Molsheim, dans l'Est de la France.
 

Chez Osram, les salariés qui ont refusé de baisser leur salaire risquent le lienciement. Un plan social a été mis en place, contesté en justice par le Comité d'entreprise. FO dénonce un "chantage". Le décryptage d'Yves Nicol, blogueur et avocat en droit social.

Un employeur a-t-il le droit de baisser le salaire de ses employés?

Il existe un cadre tout à fait légal, défini par le Code du Travail, qui prévoit que l'employeur peut proposer une modification du contrat de travail, sur le temps de travail, la rémunération, etc.

Osram veut une baisse de salaire de 12,5%

Osram a soumis à quelque 600 salariés un avenant au contrat de travail, qui prévoit de baisser de 12,5% en trois ans le taux horaire de rémunération. Cela reviendrait à annuler le coût engendré pour l'entreprise par l'accord sur les 35 heures. L'entreprise, qui doit reconvertir l'usine de Molsheim dans la perspective d'une interdiction prochaine des ampoules à incandescence au sein de l'Union européenne, a justifié la baisse des salaires par la nécessité d'améliorer sa compétitivité. Le CE de l'entreprise, ainsi que le syndicat Force Ouvrière, ont porté l'affaire devant le TGI de Strasbourg. Ils dénoncent un "détournement de procédure qui vise à éviter de dénoncer officiellement l'accord sur la réduction du temps de travail". Ils demandent au tribunal d'annuler le plan de sauvegarde de l'emploi prévoyant le licenciement des 108 salariés qui ont refusé la baisse de leur rémunération. Verdict le 3 juillet.

Dans ce cas, il doit informer le salarié par écrit en recommandé en expliquant en quoi consiste cette modification et surtout pour quelles raisons économiques il l'envisage. Le salarié dispose d'un délai de 30 jours pour accepter ou refuser la modification proposée. S'il ne refuse pas dans le délai, il est réputé avoir accepté.

Une telle pratique est évidemment très intéressante pour l'entreprise car elle permet d'avoir des résultats immédiats en terme de baisse de charges salariales, sans avoir à négocier quoi que ce soit. C'est aussi plus intéressant que d'engager des suppressions de postes dans le cadre d'un PSE, qui entraîne une procédure très lourde et dont la durée de négociation est souvent proche de 9 mois.

Baisser les salaires, c'est intéressant pour l'entreprise, moins pour le salarié... Osram a décidé de licencier ceux qui ont refusé.

En cas de refus, l'employeur peut décider de licencier pour motif économique. Si plus de 10 personnes refusent, et que l'employeur les licencie, il doit le faire dans un cadre juridique précis : celui du plan de sauvegarde de l'emploi, qu'on appelait auparavant "plan social". La direction d'Osram a choisi d'utiliser le refus de la modification du contrat de travail par certains salariés pour démarrer, à leur encontre, une procédure de licenciement économique.

C'est contesté par le CE et par FO, qui considèrent que la procédure initiée par l'employeur est une fraude car celui-ci contournerait ainsi l'application et la renégociation éventuelle de l'accord RTT. De plus, si un PSE devait être engagé, cela devrait être sans doute, d'après eux, au niveau de l'entreprise et non pas en visant seulement les 108 personnes qui ont refusé la modification du contrat de travail. Ils vont sans doute soutenir que la mise en place du PSE devrait être la conséquence des difficultés économiques de l'entreprise, et pas du refus des salariés d'accepter une modification de leur contrat de travail. Par conséquent, le PSE devrait être mis en oeuvre au niveau de l'entreprise, pas des 108 personnes seulement. Et les personnes concernées par ce PSE doivent donc être sélectionnées en fonction des critères légaux : ancienneté, âge, charges de famille, etc.

De quels arguments dipose la direction d'Osram pour contester cette analyse ?

Elle va s'appuyer sur le fait qu'elle anticipait des difficultés économiques à venir, en mettant en oeuvre des mesures de réduction des salaires qui évitaient des licenciements. Mais compte tenu du refus de plusieurs personnes, elle va défendre le fait qu'il fallait procéder à leur licenciement économique. Selon cette analyse, le PSE ne pouvait donc concerner que ces personnes là, et non être établi au niveau de l'ensemble de l'entreprise.

Il s'agit de deux positions antagonistes, qui peuvent êtres toutes deux argumentées sur le plan juridique et qu'il appartiendra à la justice de trancher.

Yves Nicol est avocat en droit social à Lyon. Il tient régulièrement un blog consacré à l'actualité du droit social, Avocatalk.

 
 
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Commentaires - (7)
helene 6/7/2009 Recommander 0

Une question : j'aimerais savoir quels sont les salaires des cadres d'Osram et si eux aussi ont été "invités" à se serrer un peu la ceinture ? Si oui, on ne peut rien dire et Osram est en droit de l'exiger aussi de ses salariés dans l'ensemble. Si non, cela veut dire qu'ils font payer les bas salaires pour maintenir les hauts à leur niveau et ça, ce n'est pas normal, même si c'est fréquent. La crise ? Certes, mais on peut observer que les seules entreprises qui s'en sortent à peu près (du moins jusqu'à récemment) sont celles qui produisent des objets de luxe, preuve qu'elle ne touche pas tout le monde. Alors ? La justice est là pour trancher ; elle semble l'avoir fait au mieux ou disons au moins mal possible, bravo aux juges et à l'avocat des salariés Ralph Blindauer. Hélène Larrivé

helene 6/7/2009 Recommander 0

Un tour de passe passe en quelque sorte si j'ai bien compris, pour contourner le Plan social ou le réduire aux refuznik. Juteux pour Osram. C'est une sorte de test ? A ma connaissance, ça n'avait jamais été tenté. Raison de plus pour soutenir les employés car ça risque de faire des émules.

Ion 25/6/2009 Recommander 0

C'est le TGI de Saverne qui a été saisi et non le TGI de Strasbourg...

pier21 20/6/2009 Recommander 1

Evidemment qu'il est choquant de fermer des usines oiur importer des ampoules de Chine! Mais pourquoi nos produits sont-ils aussi chers? 35h au lieu de 40, c'est 11% de productivité en moins, sauf à rationaliser à outrance et alors on a, paraît-il des problèmes psychologiques! Quant à l'écologie, ou la santé, demandez-vous ce que deviendont les travailleurs du tabac ou de l'automobile! Bref, les yaka-fokon, vous avez encore de beaux jours pour déblatérer!

zabock 19/6/2009 Recommander 1

L'esclavage est une institution sociale qui fait de certains êtres humains des marchandises, ou, comme le dit Aristote, «une sorte de propriété animée».Bienvenue en Sarkoland, le pays ou la police, la justice, les patrons, ont tous les droits. Après le consulat de l'election de Sarkozy on passe au sénatus-consulte qui retablit l'esclavage !!! et en plus les français qui ont voté pour lui aux européennes veulent proclamer l'empire : la boucle est bouclée

pleclercq69 18/6/2009 Recommander 3

On ferme les usines qui produisent les lampes à incandescence en France et on est obligé d'acheter 10 fois plus cher des ampoules basse consommation "écolo" produites en Chine et devant faire le tour de la Terre. Vive la bêtise durable !

josé 18/6/2009 Recommander 2

Je trouve qu'ils ont raison, de toutes façons que vont faire les ouvriers ? Rien. Comme disait De Gaulle "les français sont des veaux". Ah si j'étais patron, quelle rigolade...

 
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