Le volume des fusions-acquisitions en Europe a dépassé celui du printemps 2000. Selon Dealogic, leur montant frôle ainsi les 400 milliards de dollars, contre 345 milliards à l'époque. La vague est partie pour durer environ deux ans. Ce qui inquiète certains observateurs...
2006, année record pour les « fusacq » européennes ? D'après le cabinet Dealogic, le nombre et l'ampleur des fusions-acquisitions sur le Vieux Continent n'ont de fait jamais été aussi élevés qu'en ce premier trimestre de l'année. Le phénomène est même plus impressionnant encore que celui de la période faste de feu la « nouvelle économie » il y a cinq ans. A l'époque, leur volume se montait à 345 milliards de dollars. A présent, il flirte avec les 400 milliards à 393,8 milliards précisément. Et encore, le pointage a-t-il été arrêté au 24 mars. Même tendance, mais à l'échelle mondiale cette fois pour Thomson Financial : 881,4 milliards de dollars. Soit 44% de plus que l'an dernier.
Ce trimestre a bien sûr été ponctué d'OPA gigantesques, telles que E.ON/Endesa pour 57 milliards de dollars, Gas Natural/Endesa pour 51 milliards ou bien Mittal/Arcelor pour 22 milliards, sans oublier Bayer sur Schering (15 milliards d'euros). Mais surtout, les trois mois écoulés ont été jalonnés en permanence par des rachats, fussent-ils plus modestes, et ce dans tous les secteurs. Citons pêle-mêle l'espagnol Ferrovial sur le britannique BAA, BNP Paribas sur BNL, ou l'allemand BASF sur l'américain Engelhard. Sans compter que ces rapprochements ont à leur tour alimenté des rumeurs de marché portant sur d'autres proies, d'autres acquéreurs : hier, c'était Imperial Tobacco sur Altadis ; aujourd'hui c'est un consortium bancaire sur Thomson.
Bref, la machine s'emballe. Logique, somme toute, au regard des fondamentaux qui nourrissent le phénomène M&A (pour mergers & acquisitions) : « Les taux sont encore très attractifs, le bilan des entreprises est globalement sain après les purges opérées les années passées et les valorisations sont restées raisonnables, explique Thierry Cantet, stratégiste senior chez SG Securities. Autant d'éléments qui ne peuvent qu'inciter les directions générales à mener des stratégies plus offensives aujourd'hui. Sans compter que, le contexte actuel demeure favorable aux prédateurs ». En clair, les dirigeants osent se lancer dans les grandes manœuvres et les marchés applaudissent. Depuis le début de l'année, le CAC a grimpé de 9,5% ! « Il y a une dynamique propre des fusions/acquisitions, note également Jean-Pierre Petit, directeur des études économiques et de la stratégie chez Exane. De sorte, qu'au vu des conditions actuelles et hors facteur exogène du type krach ou récession mondiale, cette vague peut fort bien durer se prolonger pendant deux ou trois ans ». Les analystes de Goldman Sachs chiffrent ainsi "à 630 milliards d'euros la trésorerie disponible des entreprises pour les fusions, soit 8,6% de la capitalisation européenne". Sans se projeter si loin, Dealogic englobe pour sa part toute l'année 2006 ainsi que l'année 2007.
A moins que d'ici là, cette fusionite aiguë vienne à dégénérer en bulle et finisse par éclater ? « On ne peut pas parler de bulle, souligne Jean-Pierre Petit. Car, ces rapprochements sont censés créer de la valeur et donc se refléter dans les cours boursiers. Or, les valorisations sont encore loin d'être démesurées et les transactions s'effectuent le plus souvent en numéraire ». A la Société Générale, on se montre toutefois plus circonspect en observant que « les primes versées par les assaillants sont passées de 15% entre 2004 et 2005 à 21% entre 2005 et 2006 » et qu'une amorce de dérive se fait jour « avec un nombre plus important qu'auparavant de contre-offres et d'OPA hostiles ».

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