La banque verte a encore perdu 1,2 milliard d'euros à cause des subprimes au 1er trimestre. Elle annonce une augmentation de capital imminente de près de 6 milliards mais le marché s'interroge. Le titre plongeait de 5,6% mardi en clôture.
La Société Générale avait levé cet hiver 5,5 milliards d’euros pour pallier et la fraude Kerviel et son exposition aux subprimes ; Crédit Agricole fera davantage au printemps avec une augmentation de capital de 5,9 milliards destinée à surmonter la crise des crédits hypothécaires à risques, qui a encore plombé l’établissement de 1,2 milliard au premier trimestre. Une opération d'ampleur qui représente 15% de la capitalisation actuelle du groupe qui s'élève à 32 milliards d'euros. L’initiative doit encore être validée par le conseil d’administration qui se réunira mercredi après-midi.
A Paris, les marchés ne se montraient guère emballés : l’action CA SA, le véhicule coté du groupe mutualiste, lâchait même plus de 5,6% mardi en clôture. Le repli atteint désormais près de 11% sur les cinq dernières séances. « C’est assez logique, confie à L’Expansion.com Yves Marçais, vendeur institutionnel chez Global Equities. Car toute augmentation de capital provoque mécaniquement une dilution. Les acheteurs, eux, ne se bousculent plus ; ils préfèrent attendre la fin du processus. Voilà pourquoi les titres sont relativement malmenés pendant cette période ».
Pour l’heure, on ignore les modalités de l’opération. Ni le calendrier, ni le prix n’ont filtré. La banque verte s’est bornée à indiquer qu’elle la lancera « prochainement ». Quant au prix, on peut juste s’attendre « à une décote assez importante comme il sied à ce genre de levée de fonds massive décrétée dans l’urgence » note pour L’Expansion.com Benoît de Broissia, analyste chez Richelieu Finance.
La SG a limité les dégâts au premier trimestre, en dégageant un bénéfice certes en recul de 23,4% mais supérieur aux attentes. Trois mois et demi après l'affaire Kerviel, qui avec la crise des "subprime" avait divisé le bénéfice 2007 par cinq (à 947 millions d'euros), la banque au logo rouge et noir a dégagé plus d'un milliard de profits. Les analystes tablaient sur 975 millions.
A deux jours de la publication de ses résultats trimestriels, qui devraient être divisés par trois par rapport à ceux de l’an dernier avec un peu moins de 900 millions de profits, Crédit Agricole surprend là les spécialistes du secteur, lesquels tablaient malgré tout sur une nouvelle vague de dépréciations. « C’est que le management de CA SA s’est longtemps abrité derrière son organigramme complexe de réseau mutualiste pour rasséréner les marchés » observe un fin connaisseur du système bancaire. Benoît de Broissia ne dit pas autre chose lorsqu’il ajoute : « La visibilité sur les exigences en fonds propres du groupe était limitée ».
En attendant, Marc Litzler, le patron de Calyon, la banque de financement et d’investissement du groupe, devrait être écarté, affirme Les Echos. Il n’était pourtant en poste que depuis huit mois. Mais il a eu le tort d’engager la banque française dirigée par Georges Pauget dans les activités de structuration de crédit, dont les crédits subprimes. Il serait remplacé par Patrick Valroff, l’actuel responsable du pôle services financiers spécialisés et PDG de Sofinco, le leader du crédit à la consommation.
Quoi qu’il en soit, de même que Société Générale a profité de son augmentation de capital « pour sauver sa stratégie de stand alone, c’est-à-dire préserver son indépendance » selon Benoît de Broissia, de même Crédit Agricole devrait renflouer ses fonds propres afin de se recentrer sur la banque de détail. Autrement dit, le groupe pourrait donner corps à ses ambitions européennes dans la banque de réseau en visant des proies ciblées. « C’est une hypothèse d’autant plus crédible, renchérit Yves Marçais de Global Equities, que dans ce contexte détérioré, c’est le bon timing pour faire ses emplettes. Les prix sont nettement moins élevés. A moins qu’il ne s’agisse au final que d’une opération strictement préventive. Considérant que la crise est encore loin d’être finie, les dirigeants optent alors pour une sur-capitalisation de précaution. Mais c’est peu probable tout de même ».

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