
Un comité d'entreprise avorté de l'usine d'Aÿ (Marne) s'est finalement tenu mardi dans les locaux de l'Inspection du travail à Reims. Le site est menacé de fermeture.
Craignant une séquestration, la direction de l'équipementier Trèves avait déserté mardi matin le comité d'entreprise prévu sur le site de l'usine ainsi qu'une réunion d'information sur la fermeture et le plan social.
La direction avait alors proposé aux représentants des 133 salariés menacés de tenir le CE dans les locaux de l'inspection du travail à Reims.
"On ferme et on barricade un service public pour accueillir un CE à la demande de Trèves, un groupe privé qui délocalise, qui supprime des centaines d'emplois en ayant bénéficié d'aides publiques, c'est proprement inacceptable. Une telle réunion de CE ne peut se tenir dans un lieu public, c'est illicite", a commenté Me Philippe Brun qui défend les intérêts des salariés.
"La direction a demandé des garanties de non séquestration, nous leur avons signifié que le CE ne pouvait se tenir que dans l'enceinte de l'entreprise", a déclaré Alain Halmou représentant du personnel à l'issue de l'entrevue. Il a ensuite rendu publique une lettre émanant du directeur général exécutif du groupe Trèves qui fait savoir au directeur du PTPM que "dans l'hypothèse fort désagréable où il vous arriverait un jour d'être séquestré, vous ne devez en aucune circonstance accepter de signer un accord engageant notre société sous la menace (..). Si vous vous trouviez quand même contraint d'apposer votre signature sur un document (..) nous serions alors obligés de considérer votre accord comme sans valeur".
L'Inspection du travail avait, pour l'occasion, été fermée au public et protégée par quelques vigiles. Le comité d'entreprise normalement convoqué afin d'être informé de la poursuite d'activité et des conditions du plan social a été présidé par le responsable de production qui a simplement ouvert puis fermé la réunion" en l'absence des membres du comité de direction, ont affirmé les syndicats de PTPM (Production de textile et plastique de la Marne), dans un tract distribué aux salariés mardi matin.
Le service de communication du groupe Trèves a confirmé qu'il avait été conseillé aux cadres de direction de ne pas se rendre sur site pour "des raisons de sécurité" et que la réunion devait se tenir en dehors de l'usine par "commodité"."C'est illégal, a répondu Christine Tuffin déléguée CGT, le CE doit se tenir sur site. Nous n'avons jamais émis la moindre menace ni exercé la moindre violence", a-t-elle souligné.
"Nous ne sommes pas en grève. Le travail a repris normalement ce matin, les machines tournent mais nous n'avons plus rien à faire, il n'y a plus de commandes", a regretté une salariée de l'usine spécialisée dans la garniture de sièges et de portes. "Nous sommes en France les seuls à fabriquer ces textiles, c'est bien la preuve que le groupe veut décentraliser la production", a-t-elle poursuivi.
Trèves avait pourtant été la première entreprise à bénéficier du soutien du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA) afin que l'entreprise ne dépose pas le bilan. Ce fonds avait annoncé fin février qu'il injecterait 55 millions d'euros dans l'équipementier, sous la forme d'une prise de participation minoritaire dans son capital.
Trèves, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 710 millions d'euros en 2008, emploie environ 2 000 personnes en France.
Depuis quelques mois, plusieurs dirigeants d'entreprises en difficulté ont été retenus par les salariés. Début avril, le fabricant britannique d'adhésifs Scapa et l'équipementier Faurecia ont été touchés par ce mode d'action radicale. En mars, des cadres ont été retenus dans les usines Sony de Pontonx-sur-l'Adour (Landes), 3M de Pithiviers (Loiret) et Caterpillar (Grenoble)

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"Nous n'avons jamais émis la moindre menace ni exercé la moindre violence". Je ne suis pas sûr que l'actuel directeur de l'usine PTPM ne considère pas comme une menace le fait qu'il ait déjà été séquestré dans son bureau (en novembre 2008), de la même façon que son prédécesseur (en mai 2006).