Les déboires financiers colossaux de la 3ème banque d'affaires américaines auront eu raison de son patron, Stan O'Neal. Une victime collatérale emblématique de la crise du subprime aux Etats-Unis.
Il fallait à Wall Street une victime expiatoire qui paye pour l’ensemble de la crise des crédits hypothécaires à risque. Stanley O’Neal, dont la démission à la tête de Merrill Lynch pourrait être officialisée aujourd’hui, a été choisi pour jouer ce rôle pour lequel était jusque récemment pressenti le patron de Citigroup, Chuck Prince, lui aussi très déstabilisé par la tempête des subprime. Selon la presse américaine, le conseil d’administration de Merrill Lynch s’est réuni ce week-end pour avaliser le départ de son pdg et président. L’éviction d’O’Neal à la tête de la troisième banque d’affaires américaine était évoquée depuis deux semaines. L’annonce, la semaine dernière, des premières pertes trimestrielles du groupe depuis six ans (2,24 milliards de dollars) et de dépréciations d’actifs encore plus gigantesques que prévu (quelque 8 milliards de dollars) aura signé sa fin. O’Neal est accusé par certains membres du board- dont l’influent fils de l’un des cofondateurs, Win Smith- et les analystes financiers d’avoir sous-estimé l’exposition de sa banque aux subprime. Beaucoup lui reprochent, plus généralement, ses paris trop audacieux pour sortir l’établissement de la crise dans laquelle l’avaient plongé l’éclatement de la bulle technologique et les attentats du 11-Septembre-le siège situé dans le World Financial Center, à deux pas des Tours Jumelles, avait alors été mis hors service pendant sept semaines …
Curieusement, les mêmes qui s’acharnent aujourd’hui contre la stratégie d’O’Neal ne tarissaient pas d’éloges, jusqu’à il y a quelques mois, sur la manière dont il a «réveillé » cette vieille institution assoupie en 93 années d’existence. Sous sa direction, entre 2003 et 2006, « Mother Merrill » s’est séparée de 12.000 collaborateurs avant de ré-embaucher à tour de bras, a considérablement rajeuni son management et a diversifié ses sources de revenus tout en mettant l’accent sur l’Asie. Ses profits annuels ont atteint 5,2 milliards de dollars sur la période, contre 2,1 milliards lors des cinq exercices précédents. 2006 encore était considérée comme «une année miracle » pour Merrill, avec une hausse des profits de +47% et des revenus de +33%-O’Neal se voyant personnellement octroyer 46 millions de dollars en guise de récompense. Une sacrée promotion pour ce « self-made man » de 55 ans, petit-fils d’esclaves de l’Alabama, premier membre de sa famille à avoir poursuivi des études et premier Noir du pays à décrocher de telles responsabilités dans la finance… Si Merrill Lynch reste muette sur le départ d’O’Neal et sa succession, les rumeurs vont bon train à Wall Street. Comme souvent ressort le nom de Larry Fink- le patron de la grosse société d’investissement BalckRock, détenue à 49% par Merrill Lynch. John Thain, le pdg du Nyse Euronext et ex-directeur de Goldman Sachs, pourrait aussi être appelé à la tête du groupe, à moins qu’une solution interne-Robert McCann, responsable des opérations de banque privée, ou Gregory Fleming,co-président- ne lui soit préférée…

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