
Un an après leur avoir porté secours au plus dur moment de la crise, la Belgique demande à ses banques de l'aider à réduire son déficit. A partir de 2012, elles devront verser une "prime de garantie" de 0,15% sur le montant des dépôts et de l'épargne.
Un an après avoir volé au secours de ses banques ébranlées par la crise, la Belgique leur demande de renvoyer l'ascenseur et les met à contribution pour réduire ses déficits creusés par les aides massives apportées au secteur financier.
"Il faut que maintenant, les banques paient pour la crise qu'elles ont provoquée", a résumé Laurette Onkelinx, vice-Premier ministre socialiste, lors d'un congrès de son parti dimanche à Charleroi (sud).
Selon les arbitrages budgétaires qui devaient être présentés mardi au Parlement, le secteur financier belge (banques, mais aussi sociétés de Bourse ou assureurs) devra finalement verser à l'Etat 540 millions d'euros par an à partir de 2012.
Cela prendra la forme d'une "prime de garantie" de 0,15% sur le montant des dépôts et les sommes placées dans des produits d'assurance utilisés à des fins d'épargne, comme l'assurance-vie.
Un régime transitoire pour 2010 et 2011 prévoit le versement de premières tranches de respectivement 220 et 670 millions d'euros.
"La crise financière a démontré le rôle fondamental de l'Etat comme garant de dernier ressort des établissements financiers", une garantie qu'il faut rendre "explicite", a expliqué le ministère des Finances dans un communiqué.
Après la faillite de Lehman Brothers l'automne dernier, les pouvoirs publics belges ont dû renflouer les banques Fortis (depuis démantelée), Dexia et KBC, ainsi que l'assureur Ethias.
L'Etat fédéral a injecté au total 15,2 milliards d'euros, une somme représentant 4,5% du Produit intérieur brut (PIB) belge. En incluant l'aide des régions, on atteint 20 milliards d'euros, soit 6% du PIB.
D'importantes garanties publiques ont aussi été accordées, dont 91 milliards d'euros pour la seule Dexia.
L'idée de demander un coup de pouce aux banques faisait son chemin depuis plusieurs semaines en Belgique, alors que le retour aux bénéfices des banques se combine à la nécessité de trouver de nouvelles recettes pour boucler le budget d'un Etat confronté à un endettement massif.
Crise oblige, la dette publique belge devrait repasser au-dessus de la barre des 100% du PIB l'an prochain.
Et l'exemple pourrait inspirer d'autres pays européens.
Le ministre des Finances sortant en Allemagne, Peer Steinbrück, a récemment proposé de faire payer les marchés pour la crise, en relançant l'idée d'une taxation sur les transactions financières.
Les principaux acteurs du secteur financier belge disaient mardi vouloir analyser en détail les mesures décidées avant de prendre position. Mais certains ont déjà lancé des avertissements.
"Croire qu'en faisant cela, cette prime d'assurance ne va pas se retrouver dans les coûts, c'est une illusion. Il faut être clair: c'est le client qui paiera au bout du compte", notait ainsi vendredi Jean-Luc Dehaene, président du conseil d'administration de Dexia, dans les journaux du groupe Sud Presse.
"Les discours sont souvent contradictoires: on dit qu'il faut faire payer les banques mais que ces mêmes banques doivent faciliter le crédit aux entreprises. L'ennui, c'est que les moyens ne sont pas illimités", ajoutait-il.
"Il ne faut pas appliquer aux banques la logique des réparations que l'on a appliquée à l'Allemagne après la première guerre mondiale", avait aussi averti récemment Henri de Castries, patron de l'assureur Axa, dans La Libre Belgique.
"Si vous faites des banques les boucs émissaires de la crise, si vous les surtaxez ou si vous les empêchez de faire leur métier, vous en serez les principales victimes, car elles ne financeront plus suffisamment l'économie et les entreprises", avait-il prévenu.


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