En annonçant son entrée prochaine en bourse, le n°1 des fonds d'investissement américains accepte de devoir rendre des comptes. Etonnant de la part d'une entreprise qui semble n'avoir jamais eu de problème pour financer ses activités. Explications.
Le magazine Fortune a été particulièrement bien inspiré de consacrer sa couverture du 5 mars au « nouveau roi de Wall Street », Steve Schwarzman. A 60 ans, le pdg du premier fonds d'investissement américain, Blackstone, mérite plus que jamais sa réputation d'« homme du moment » depuis qu'il a déposé, hier, sa demande de cotation au New York Stock Exchange auprès de la SEC, le gendarme des marchés. Une décision attendue depuis une semaine mais qui n'en marque pas moins une révolution dans l'univers peu transparent des fonds d'investissement. Ceux-ci s'accrochaient jusqu'ici à leur statut de droit privé pour éviter de devoir rendre des comptes publics sur leurs données financières et stratégiques. Dont les rémunérations de leurs dirigeants, qui avoisinent couramment les 50 millions de dollars annuels. Une fois Blackstone en bourse, Schwarzman devra renoncer à des avantages comme son avion personnel et l'hélicoptère partagé avec son adjoint; il se contentera de 350.000 dollars par an et d'une part des intérêts générés par les fonds du groupe.
Même si la part du capital et le prix d'émission des titres n'ont pas été dévoilés, on s'attend à ce que 10% de Blackstone soient placés en bourse, apportant 4 milliards de dollars. De quoi financer une diversification tous azimuts - immobilier, hedge funds, activités sur le marché de la dette, conseils en fusions-acquisitions - et des acquisitions en dehors des Etats-Unis. "La propension de Blackstone à comprendre et saisir les opportunités du marché a toujours été phénomènale", explique l'analyste Stuart Shiff, interrogé par Bloomberg. "Or, clairement, à l'heure actuelle, la Bourse offre des opportunités pour ce type d'entreprises". La réussite du fonds autrement plus modeste Fortress- qui a levé 600 millions de dollars en février en introduisant 8,5% de son capital- a sans doute donné des idées aux grands noms du secteur. KKR - le grand rival de Blackstone, qui avait tiré 5 milliards de dollars en plaçant l'une de ses branches à la bourse d'Amsterdam l'an dernier - Carlyle et Apollo ont, tous, récemment étudié cette possibilité.
Blackstone ouvre ainsi un nouveau chapitre dans sa légende. Lancé par Schzarman et un collègue de chez Lehman Brothers en 1985, le fonds a aujourd'hui 52 associés et 750 employés. Il gère des actifs de 31 milliards de dollars et contrôle 47 compagnies, avec des participations dans Orangina, VNU, Houghton Mifflin ou encore le géant de l'immobilier de bureaux, Equity Office, racheté fin 2006 pour 39 milliards de dollars (un record à l'époque). Investissements immobiliers compris, Blackstone a réalisé en vingt ans quelque 320 transactions d'une valeur totale de 300 milliards de dollars, dette incluse. Plus vraiment « la jolie petite boîte », que Schzarzman, en faux modeste, se plaît à décrire dans la presse !

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