Banque

L'Etat aurait-il dû spéculer sur BNP-Paribas?

Laura Raim -  30/09/2009 18:16:00 
Reuters/ John Schults
L'Etat se priverait de près de 6 milliards d'euros de plus-value sur la revente de ses actions BNP.
 

BNP-Paribas vient de racheter à l'Etat les actions que ce dernier avait souscrit au printemps. Société Générale ne devrait pas tarder à l'imiter. Les cours de bourse des deux banques ont fortement progressé, mais l'Etat ne touchera pas de plus-value. Explications.

BNP-Paribas remboursera, avec six mois d'avance, les 5,1 milliards d'euros d'actions de préférence souscrites pendant la crise par l'Etat français. Pour ce faire, elle a annoncé mardi une augmentation de capital de 4,3 milliards d'euros. BNP-Paribas sera ainsi la première banque française à rembourser les aides publiques. Mais elle devrait rapidement être copiée par la Société Générale, qui aurait mandaté plusieurs banques mercredi pour procéder à une émission obligataire.

Combien touchera l'Etat ? Pour BNP, on connaît déjà les chiffres : 226 millions euros d'intérêts . "C'est une somme", déclare dans le Monde Baudoin Prot, le directeur général de la banque. C'est sans aucun doute "une somme", mais ce n'est pas grand chose par rapport à ce que l'Etat aurait pu gagner. En effet, l'action valait 27,24 euros quand il est entré au capital de BNP-Paribas, pour 58,20, en sortant, soit une plus value potentielle de 113%. L'Etat aurait donc pu toucher 5,8 milliards d'euros ! Une "somme" qui aurait été bienvenue, alors que le déficit dépasse les 140 milliards d'euros.

Comment l'Etat s'est-il privé de cette plus-value juteuse ? En mars 2009, il devient premier actionnaire de la banque avec 17% du capital. Il choisit de souscrire non pas à des actions ordinaires, mais de préférence, qui se caractérisent par des conditions spécifiques : elles peuvent être rachetées au prix d'émission jusqu'en 2010, quelle que soit l'évolution du cours de bourse. Au delà, si l'Etat commence à toucher une plus-value, elle est fortement plafonnée : à 3% en juin 2010, puis 5%  en 2011... Par ailleurs, l'Etat n'a le droit ni de voter, ni de nommer un administrateur, ni de convertir ses actions de préférence en actions ordinaires. Et pour clore le tout, le versement de dividende n'est pas systématique. En contrepartie, ce dernier est légèrement supérieur à celui des actions ordinaires.

En somme, l'Etat souscrit à des actions qui fonctionnent grosso modo comme un prêt, sauf que, pour la banque, elle a tous les avantages des actions. Souscrire à des actions plutôt qu'à des obligations permet en effet à la banque de renforcer le noyau dur de ses fonds propres, appelé core Tier 1. C'est ce ratio qui est véritablement observé par le marché. Plus il est élevé, plus la banque peut espérer obtenir des prêts à un taux plus avantageux.

Qui conteste ce dispositif ? Pour le socialiste Didier Migaud, président de la commission des finances, "il est totalement inexact d'affirmer que l'Etat a fait une bonne affaire en l'espèce". Dans un communiqué, il accuse même le gouvernement de "générosité coupable" envers les banques.

De façon beaucoup moins polémique, un rapport de la Cour des comptes avait déjà évoqué - et même calculé- le "manque à gagner pour l'Etat" en cas de rachat des actions avant le 30 juin 2010. Commentant le choix d'actions de préférence au remboursement plafonné, il observait par ailleurs qu'"il n'est pas certain que l'Etat soit en mesure de dégager d'importantes plus-values de cession, qui soient en rapport avec le risque qu'il a assumé".

Comment le gouvernement justifie-t-il ce choix? Par le fait qu'il prend moins de risque qu'un actionnaire ordinaire. De fait, si sa plus value est plafonnée, toute moins value a également été exclue puisqu'il y a un prix de rachat et une rémunération plancher. "C'est vrai qu'on n'a pas fait de la spéculation, reconnaît ironiquement Christine Lagarde. Mais notre politique, c'est précisément de lutter contre la spéculation". Dans sa réponse à la Cour des comptes, elle expliquait déjà avoir "privilégié la sécurisation des intérêts financiers" de l'Etat "à la spéculation".

Apparemment, les gouvernements américains et suisses ont "spéculé", eux, et ne le regrettent pas. L'Etat américain a engrangé début septembre plus de 4 milliards de dollars de profits en revendant les actions acquises auprès de huit grandes institutions financières.

 
 
Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires

Suivre le sujet
 

Pour être alerté lors de prochaines publications sur le même sujet, veuillez saisir votre email dans le champs ci-dessous :

Citer dans votre blog
 
Commentaires - (12)
alexlille 9/10/2009 Recommander 3

Je m'étonne du nombre de réactions négatives sur les prêts effectués par l'Etat français aux banques. En effet, ceux-ci ont permis de soutenir les banques en période de crise et dans le même temps ont rapporté de l'argent à l'Etat par les taux d'intérêts élevés associés à ces prêts. Je m'étonne encore plus des socialistes qui vantent les mérites de la spéculation! A l'époque de ces aides, qu'aurait dit M.Migaud si les autorités avaient préféré souscrire à des actions des grandes banques française plutôt que de leur accorder des prêts sans risque? Les réactions auraient été sûrement plus violentes envers un gouvernement qui aurait pris la décision de risquer le faire rembourser la moins-value éventuelle par le contribuable. Ironiquement, j'espère qu'en étant si sûrs de la hausse du cours des actions des banques, certains socialistes y ont massivement souscrits à l'époque et reversé une partier de leur plus-value à des oeuvres humanitaires. Il est facile de réagir à posteriori. Si les socialistes sont si forts en prédiction des cours de bourses, je leur suggère de mettre à leur programme électoral cruellement vide pour l'instant la disposition suivante: Les socialistes lèveront 1500 milliards d'euros supplémentaires de dette publique. Ils joueront ces 1 500 milliards en bourse, avec leur flair ils feront une copieuse plus-value et boucheront les déficits abyssaux de la France. Si celà ne fonctionne pas, pourquoi ne pas acheter quelques billets d'euromillions???

AB380 6/10/2009 Recommander 1

Le seul Pays a n'avoir pas mis la clause "au meilleur intérêt" est la France. Ceci confirme une fois de plus de nos Dirigeants sont bien "au meilleur intérêt" de nos Banquiers ou alors des incapables car si le système c'était écroulé tout aurait flambé donc les actions ne pouvaient que remonter, surtout avec les capitaux donnés pour relancer le trading !!! Evident Cher Watson...allez chercher la Bourge des Finances

Jaq B 2/10/2009 Recommander 2

La vraie question serait de savoir pourquoi l'Etat a volontairement refusé tout principe de plus-value alors que le risque assumé le justifiait (faut-il rappeler que l'Etat s'est également porté garant des banques)? Au mieux, nos dirigeants se sont montrés incompétents, au pire il y a eu collusion et compérage. Je penche personnellement pour cette deuxième explication. Quel cadeau fait aux (autres) actionnaires ! Si l'Etat avait revendu ses actions ne serait-ce qu'à hauteur de l'augmentation de capital décidée par BNPP (soit 16 € de moins que le cours de l'action au moment de l'annonce) la plus-value aurait été de 2.45 mds d'euros... l'équivalent de : 1.6 fois le RSA (si difficilement financé); 5% de la collecte totale de l'impot sur le revenu; le salaire annuel, charges comprises, de 100 000 infirmières; 144,1 millions de tonnes de co2 "taxe carbone"; etc... ça fait réfléchir sur l'incurie de nos décideurs politiques.

jeanchaumont 1/10/2009 Recommander 0

Je suis très choqué par cette mécanique infernale qui nous priven nous citoyens de gains importants.Ce gouvernement est un gouvernement de copains et de coquins (comme l'avait dit en son temsp un certain Poniatowski). Il y aurait du avoir au moins une prime indexé sur le cours de bourse. Mme Lagarde ministre du gaspillage dit quelle ne voulait pas faire de spéculation sauf qu'ell oublie que la BNP fait aujourd'hui une augmentation de capital dans des conditons excellentes. Bravo pour la gestion "rigoureuse" des finances de l'Etat

justin 1/10/2009 Recommander 1

c'est encore une fois un scandale en plus, la ministre des finances se fout carrément de la gueule des français, et surtout des finances. Les français doivent toujours payer les conneries des ministres ou autres. Pourquoi la France a t'elle un tel déficit, si elle peut cracher sur quelques milliards pour une banque qui n'en fait d'ailleurs qu'a sa tete. Leur dossier était très bien ficelé,c'est eux qui devraient remplacer Mme Lagarde et notre déficit se réduirait très vite. Comment peut on encore faire confiance à nos dirigeants, quand on voit avec quels désinvoltures ils traitent les budgets de la France. Lamentable.... Les autres pays ne font pas la fine bouche sur des milliards..... Oust dehors.....

bebert 1/10/2009 Recommander 5

il y a une autre hypothèse, c'est que notre gouvernement n'est pas si fou que sa et que pour protéger des fonds publique, il a préféré investir dans des action à dépréciation limité plutôt que dans des actions ordinaires qui n'ont aucune garantie lors d'une baisse de valeur. A Mon avis lorsqu'il y a de l'argent publique en jeux le but est de limiter la casse quitte a ne pas obtenir les intérêts espérés "tout est une question d'acceptabilité du risque....?

Ulysse65 1/10/2009 Recommander 8

Résumons : l'état, le contribuable en l'occurence quand il s'agit de payer, a prêté aux banques de quoi recommencer à jouer en bourse. Puis lorsque ces banques ont fait des bénéfices, elles remboursent le plus vite possible pour payer le minmum d'intérêts en se gardant la cagnotte gagnée du fait de la hausse du CAC 40. Si elles avaient fait de mauvaises affaires, elles ne craignaient rien, l'état les aurait encore renflouées. Monsieur Sarkozy est conseillé par les plus mauvais gestionnaires qui soient ou c'est le bal des copains coquins.

Fourfour 30/9/2009 Recommander 4

C'était là vraiment l'occasion pour l'état de réduire sa dette au détriment de ces crétins d'actionnaires et donc de démontrer par l'absurde la bétise de la spéculation... Encore une occasion de perdue. Ceux qui nous gouvernent sont donc bien des nazes. A qui la faute ? Aux politiques (et donc à leurs électeurs) ou aux hauts-fonctionnaires (et donc à l'ENA) ? Ce serait intéressant de le savoir... Le savez-vous, vous les journalistes de lexpansion.com (dont j'apprécie beaucoup les analyses, bravo en passant).

tortue bourse 30/9/2009 Recommander 5

En générale, les politiques et les patrons de CAC 40 se connaissent bien. (mêmes écoles, etc) Comme toujours, les pertes sont publiques et les gains sont privés. Je suis très choqué d'apprendre que l'Etat ne touchent que les intérêts. Les banques veulent que l'Etat assume des risques mais veulent garder des bénéfices! Je trouve aussi que les hauts fonctionnaires ne servent pas correctement les intérêts du pays! Comme d'hab quand il s'agit de questions d'argent!

apbgalx 30/9/2009 Recommander 2

Nos fonctionnaires sont moins futés que les américains, au moins sur les questions de fric. Question de mentalité nationale, d'éthique, ou d'école ?

feder91 30/9/2009 Recommander 2

En fait il n'y a que 2 explications possibles : soit le gouvernement et Sarko en particulier est un incapable et un nul, soit c'est tout simplement du détournement d'argent public, puisqu'il aurait pu, il aurait du rentrer dans le conseil d'administration et convertir ses actions. Et s'il ne l'a pas fait en connaissance de cause, c'est donc tout simplement un vol!!! Comme les 2 explications sont plausibles, je ne sais pas laquelle choisir...

luxemburburg 30/9/2009 Recommander 0

"""Les cours de bourse des deux banques ont fortement progressé, mais l'Etat ne touchera pas de plus-value""". C'est normal parce que l'état, c'est nous : par contre nos gras banquiers ne vont pas tarder à se goinfrer, on peut leur faire confiance !

 
Déjà membre : vous pouvez commenter l'actualité en direct
Vous n'êtes pas membre, laissez votre commentaire, avec votre pseudo et email. Il apparaîtra après modération.
 
VEILLE STRATÉGIQUE
  • Entreprises - 12/3/2010 - L'Expansion.com

    Vol Rio-Paris: le jugement qui pourrait coûter cher à Air France

    Un juge brésilien vient d'accorder plus d'un million de dollars d'indemnités à l'une des familles de victime du crash Rio-Paris. En France, un avocat demande à la justice française de s'aligner. De quoi faire exploser l'enveloppe prévue par Air France?

  • Entreprises - 12/3/2010 - L'Expansion.com

    IFRS, quatre lettres qui font peur aux PME

    L'autorité française des normes comptables donne vendredi son avis à Bruxelles sur la nouvelle version des normes IFRS PME. Nombre d'entreprises craignent son application. Explications.

  • High Tech - 11/3/2010 - L'Expansion.com

    Hadopi pourrait pousser les pirates à payer... pour pirater

    Avec la mise en œuvre de la loi Hadopi, les pirates vont devoir changer leurs habitudes. Mais pour les plus convaincus, il sera plus rentable de payer pour télécharger illégalement que de passer par les offres légales. Explications et conséquences...

  • High Tech - 10/3/2010 - L'Expansion.com

    Les ambitions du nouvel App Store de Google

    Encore une nouvelle boutique d'applications en ligne. Baptisée Google Apps Marketplace, elle doit permettre au moteur de recherche de s'installer sur le marché des logiciels d'entreprises.

  • Entreprises - 10/3/2010 - L'Expansion.com

    "EADS ne peut pas se passer des Etats-Unis"

    Après le retrait contraint d'Airbus dans la course aux avions ravitailleurs du Pentagone, les interrogations se multiplient. Le décryptage de Claude Serfati, universitaire spécialiste de l'économie de l'armement.

  • Entreprises - 10/3/2010 - L'Expansion.com

    CAC 40, le cru 2009

    La quasi-totalité des entreprises du CAC 40 ont publié leurs résultats pour 2009. Malgré une chute de l'activité, elles sont nombreuses à rester bénéficiaires. Mais peinent à entrevoir la reprise. Tour d'horizon avec le tableau des résultats...



publicite
librairie en ligne
L'annuaire du pouvoir 2008
 
fermer
 
Inscrivez-vous
Pourquoi devenir membre ?

Devenir membre de la communauté LExpansion.com vous permet d’accéder à un ensemble de services :

  • Commenter les articles en direct
  • Participer aux débats « Pour/contre » et proposer de nouveaux sujets
  • Recevoir, si vous le souhaitez, les newsletters : actu éco, conjoncture hebdo, high-tech ou carrière/management

C’est entièrement gratuit !

 
newsletters et alertes
 
inscrivez vous aux flux rss
 

Avec ces lecteurs:

Ou copiez le lien rss :

connexion
 

Votre adresse email n'est pas correcte

Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires