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Interview exclusive

Indra Nooyi: « Nos efforts portent sur le "profil santé" des produits »

Propos recueillis à Bruxelles par Chloé Hoorman et Yves-Michel Riols -  24/09/2008 18:43  - L'Expansion.com 
 
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©Jérôme Chatin
Indra Nooyi veut casser l'image d'un Pepsi pourvoyeur de « junk food ».

Deux ans après sa nomination à la tête de PepsiCo, Indra Nooyi a accordé à L'Expansion l'une de ses très rares interviews, à l'occasion d'un voyage éclair en Europe. Considérée par le magazine Forbes comme la troisième femme la plus influente du monde, cette Indienne de 52 ans, née à Madras, a conquis une place d'exception dans le grand show du business américain. En une dizaine d'années à Pepsi, elle a façonné l'un des groupes agroalimentaires les plus puissants de la planète, collectionnant les marques stars, comme Lay's, Tropicana, Quaker ou Lipton Ice Tea. Végétarienne, elle bouscule les idées reçues sur la junk food, et imagine un chemin inédit pour l'avenir de son groupe.

L'obésité est devenue l'un des premiers problèmes de santé publique aux Etats-Unis, et elle se diffuse rapidement dans les pays émergents. Parallèlement, vos ventes dans ces pays ne cessent de progresser. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de faire du profit au détriment de la santé de vos clients ?

J'aimerais que l'explication soit aussi simple, mais l'obésité est un problème complexe. C'est le résultat d'un changement dans les modes de vie, qui modifie l'équilibre entre ce que nous mangeons et ce que nous dépensons. Que s'est-il passé ces dix dernières années ? La quantité de calories que nous consommons est restée à peu près constante, entre 2 000 et 2 200 par jour, mais nos dépenses énergétiques n'ont cessé de diminuer.

Pourquoi ? Nous ne faisons plus assez d'exercice. Aux Etats-Unis, le sport n'est une discipline obligatoire à l'école que dans un seul Etat, l'Illinois. Ailleurs, les élèves rentrent à la maison sans avoir pratiqué la moindre activité physique et filent s'asseoir devant leur ordinateur. Autrefois, la première chose que les enfants faisaient après l'école était d'aller jouer dehors !

L'une de mes deux filles a 16 ans : c'est une adepte des chips Lay's, du jus d'orange Tropicana et du Pepsi. Elle mène une vie de lycéenne plutôt sédentaire, mais tous les soirs elle pratique l'aviron pendant deux heures et demie. Elle a une ligne parfaite et une silhouette extrêmement athlétique ! L'essentiel est d'équilibrer les deux côtés de l'équation.

Que fait PepsiCo pour infléchir le nombre de calories consommées par ses clients ?

Nous leur offrons le choix. Il y a vingt ou vingt-cinq ans, vous ne trouviez dans les supermarchés que du Pepsi et du Coca « classiques », au sucre ; aujourd'hui, ils n'occupent plus qu'une toute petite part des rayons. Les sodas light les ont supplantés, au point de représenter la majorité de notre chiffre d'affaires dans les pays développés. En Amérique du Nord, nos ventes de boissons progressent, tandis que leurs calories diminuent. Dans les pays émergents, la situation est différente : les consommateurs ne sont pas habitués aux édulcorants. Ils pensent qu'on les trompe quand on leur donne un Pepsi sans sucre

Pour aider nos clients à équilibrer leurs repas au cours de la journée, nous leur apportons aussi une information nutritionnelle claire et détaillée sur nos étiquettes. Le message implicite ? « S'il vous plaît, faites attention à ce que vous mangez. » Nous sommes encore plus vigilants avec les enfants : nous ne vendons pas de boissons dans les écoles primaires et nous ne visons plus les moins de 12 ans dans nos campagnes publicitaires. Mais nous ne pouvons pas aller plus loin : l'éducation est du ressort des gouvernements.

Nous avons mis deux ans à changer toutes nos recettes et cela nous a coûté 100 millions de dollars.

Pepsi n'en est-il pas moins un acteur du « junk food business » ?

Les sodas ne représentent plus que 20 % de nos ventes de boissons, contre 50 % il y a une dizaine d'années. Nous proposons des jus de fruits, des eaux vitaminées : personne n'a jamais dit qu'il ne fallait boire que du Pepsi sucré ! Nous faisons aussi des efforts pour améliorer le « profil santé » de nos produits. Nous avons lancé des chips de légumes et des chips cuites au four, bien plus diététiques que les chips classiques. Nous avons été parmi les premiers à réduire les acides gras saturés dans nos produits. ils sont fabriqués avec de l'huile de tournesol ou avec un équivalent, comme l'huile de son de riz en Inde. Nous avons mis deux ans à changer toutes nos recettes, et cela nous a coûté 100 millions de dollars, sans pour autant augmenter nos prix.

Enfin, la notion de junk food est relative. Les chips, par exemple, font partie du repas indien traditionnel. Ma mère les fabriquait elle-même, et, enfant, j'en mangeais quotidiennement en accompagnement des plats.

 
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