
Quatre questions à Jean-Paul Pierret, stratégiste chez Dexia Securities, au lendemain du krach boursier en Europe.
Après un lundi noir et un mardi matin chaotique, les bourses se sont quelque peu rassérénées à la mi-journée avant de dilapider leurs gains en fin de séance. Paris clôture sur une avance modeste de 0,55% à 3732,22 points. Dans le même temps, les autres grandes places européennes évoluaient en ordre dispersé : Londres prend 0,35% mais Francfort lâche 1,12%. A New York, vers 18 heures, heure française, le Dow Jones et le Nasdaq gagnaient 0,4%. Depuis le début de l’année, le CAC a fondu d’un tiers tout comme le DAX ; le Footsie, lui, a plongé de 28%. Avec ses –25%, le Dow Jones fait presque figure de bon élève de la classe occidentale.
Pour autant, la nervosité reste de mise, en témoigne le yo-yo incessant lorsque le marché s’est brutalement retourné alors qu’il avait ouvert en forte hausse. Explications et perspectives avec Jean-Paul Pierret, stratégiste chez Dexia Securities.
1.Pourquoi n’y a-t-il pas eu de vrai rebond boursier ?
Le rebond a bien eu lieu, mais il a été de très faible ampleur. C’est que les inquiétudes demeurent. La purge attendue des hedge-funds, qui doivent d’urgence liquider leurs positions acrobatiques, pèse énormément sur les marchés actions. Sans compter qu’avec ces derniers, au nombre de 10.000 selon le Wall Street Journal, la transparence est nulle. Maintenant, il faut passer par ce genre de débâcle pour préparer la sortie boursière de la crise. Les marchés, éventuellement rassurés sur la survie du système financier, retombent sur une équation classique : comment et à quel horizon jouer la sortie de la récession ?
2.Pour quelle raison les valeurs bancaires et financières ne sont plus les seules impactées ?
C’est vrai, le soupçon a contaminé tous les secteurs. Tout le monde doute de tout le monde dans sa capacité d’emprunter. Du coup, l’argent ne circule plus. Les refinancements deviennent problématiques. Le marché interbancaire est totalement grippé.
3.Comment restaurer la confiance qui fait tant défaut ?
La crise est aussi dans la tête. Il faut que les banques et les marchés se rassurent. Peut-être le salut viendra-t-il d’un effet cumulatif, une fois que les établissements les plus fragiles auront trouvé les solutions nécessaires. Et puis, le forcing des banques centrales devrait finir par porter ses fruits. La situation est radicalement différente de 1929, car à l’époque les pouvoirs publics refusaient d’intervenir par idéologique. A présent, ils remuent ciel et terre pour sauver le système.
4.Quels sont les espoirs de sortie de crise ?
J’en recense au moins quatre. Un, la croissance mondiale reste satisfaisante, nettement au-delà des 3%, grâce aux pays émergents. Deux, le pétrole est revenu à des niveaux raisonnables, tout comme les matières premières. Il y a quatre mois, les meilleurs esprits le voyaient à 200 dollars à court terme. Aujourd’hui, le brut est en retrait de 40% sur son plus haut. On pourrait tester des coûts marginaux de production vers 70 ou 80 dollars le baril. Trois, le dollar affiche une hausse de 15% sur son plus bas récent. Ce qui restaure sa crédibilité en tant que monnaie de réserve et rajouterait – en année pleine – 3 à 4 points de croissance aux bénéfices des grandes firmes européennes. Quatre, on relève un potentiel de desserrement monétaire de part et d’autre de l’Atlantique. De l’ordre de 0,75 ou 1 point à la FED (de 2 à 1 ou 1,25%) et de 1,75 à 1,25 point à la BCE (de 4,25% à 2,5 ou 3%).

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Pourquoi M. Pierret n'a pas prodigué ses bons conseils à la direction de Dexia quand il était encore temps?