La présidente du conseil d'administration du groupe informatique a fait appel a des détectives privés pour surveiller ses collègues et identifier l'auteur de fuites répétées à la presse. Des méthodes qui ont provoqué une démission et suscitent une enquête de la justice californienne.
C'est le scandale qui monte aux Etats-Unis. Patricia Dunn, la présidente du conseil d'administration de Hewlett-Packard, a fait appel en début d'année à des détectives privés pour mettre ses dix collègues sous surveillance. Mission : trouver la taupe responsable de fuites répétées à la presse. Et ce en autorisant les émules de Magnum à récupérer des informations concernant les conversations téléphoniques privées des hauts pontes de HP. Une pratique peut-être contestable mais qui a permis de désigner un coupable en la personne de George Keyworth. Sommé de démissionner lors d'un conseil d'administration en mai, celui-ci a refusé au motif qu'il avait été élu par les actionnaires. Il restera donc en place jusqu'en mars 2007. Le problème, c'est qu'un autre directeur, Thomas Perkins, le fondateur de la célèbre firme de capital-risque Kleiner Perkins Caufield & Byers, a rendu son tablier à l'issue de la réunion. Il n'a pas du tout apprécié les méthodes de la présidente. Ce conflit interne aurait pu rester secret si Perkins n'avait pas changé d'avis et décidé de rendre public les raisons de son départ. Et obligé HP à en informer la SEC. Révélée par un article du site internet de Newsweek et par le Wall Street Journal mardi, l'affaire a pris un tour résolument public puisque les explications d'HP sont en ligne depuis mercredi sur le site du gendarme américain de la Bourse.
On y apprend que les inquiétudes concernant les fuites sur les délibérations du conseil précèdent l'éviction de Carly Fiorina de la tête du groupe informatique. Soit avant février 2005. De simples entretiens avec les directeurs n'ayant rien donné, "la présidente du Conseil et, en fin de compte, un groupe interne, ont fait appel à une firme extérieure spécialisée dans les enquêtes". Le Wall Street Journal fait remonter ce durcissement à janvier 2006, après la publication par CNET d'informations confidentielles sur la stratégie de Mark Hurd, le successeur de Carly Fiorina. Le problème, c'est qu'HP s'est intéressé aux coups de fils passés par ses directeurs depuis leur téléphone mobile ou à leur domicile. Si la firme nie toute mise sur écoute, et toute conservation des fichiers, elle reconnaît que ses détectives privés ont pu avoir recours à la technique du "pretexting" pour obtenir des informations. Une expression qui recouvre tout subterfuge employé pour se faire communiquer des informations confidentielles sur autrui (par exemple se faire passer pour un abonné auprès d'une compagnie téléphonique pour avoir la liste des appels passés). Or dans le document transmis à la SEC, HP se retranche benoîtement derrière ses avocats qui ont estimé que cette technique n'était "en général pas illégale". Mais le groupe reconnaît ne pas être sûr que ses détectives privés y ont eu recours "en total respect avec la loi applicable".
L'affaire ne va donc pas s'arrêter là. Le comité d'HP en charge de la gouvernance et des nominations a recommandé l'ouverture d'une enquête interne. Plus grave, le groupe indique avoir été "contacté de façon informelle par le procureur général de l'Etat de Californie" à propos des méthodes employées pour identifier les fuites. Une enquête à laquelle le groupe dit avoir l'intention de "collaborer pleinement".

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