Dominique de Villepin tire les conséquences de l'hostilité des députés UMP sur le volet de la privatisation de Gaz de France. Le projet est donc gelé, au moins jusqu'en octobre. On réactive donc la piste d'un "plan B" sous la forme d'un échange de participations entre Suez et GDF.
« Nous voulons travailler avec l'ensemble de la majorité pour trouver la meilleure solution possible. Donc nous allons poursuivre cette concertation ». Par ces mots, Dominique de Villepin a entériné vendredi ce qui semble acquis depuis mercredi après que Bernard Accoyer, le patron des députés UMP, eut admis qu'il n'y avait pas de majorité pour voter actuellement la privatisation de GDF. En clair, Matignon gèle le dossier jusqu'à la fin de la session parlementaire. Ce qui renvoie au mieux l'examen du projet à la rentrée d'octobre, étant entendu qu'il n'y aura pas de session extraordinaire cet été. En cela, Dominique de Villepin suit malgré lui les avertissements prodigués vendredi matin par Edouard Balladur qui l'enjoignait de « surseoir » plutôt que de se « précipiter », même si hier encore, Thierry Breton défendait que la fusion était « le meilleur projet envisageable » pour GDF.
L'affaire est-elle enterrée ? Officiellement non ; officieusement en revanche, c'est plus délicat. « Le gouvernement ne peut se permettre un nouveau maelstrom du type CPE, même s'il ne peut non plus se résoudre à l'immobilisme » confie un proche du dossier au Palais-Bourbon. Le Premier ministre affirme d'ailleurs qu'il souhaite « avancer » sur la question. Bercy ne dit pas autre chose en rappelant : « Ce serait très dangereux aujourd'hui de rester en l'état ».
D'où l'idée, défendue du reste par Patrick Ollier, le président de la commission des affaires économiques à l'Assemblée et par ailleurs compagnon de Michèle Alliot-Marie, d'une scission du texte sur l'énergie en deux volets : le premier, consacré à l'ouverture du marché aux particuliers le 1er juillet 2007 dans le cadre de la libéralisation totale de l'énergie, serait susceptible d'être présenté très rapidement en Conseil des ministres. Ce qui permettrait alors à Dominique de Villepin et son équipe de sauver la face politiquement ; le second, dédié au montage capitalistique en vertu duquel l'Etat descendrait à 34% du capital de GDF contre 70% autorisés à présent, serait, lui, soumis ultérieurement. C'est-à-dire pas avant la rentrée parlementaire.
Ce nouvel avatar dans le rapprochement controversé entre Suez et GDF réactive du coup l'hypothèse des éventuelles alternatives. Mais y a-t-il seulement un « plan B » possible ? Du côté syndical, et notamment à la CGT mais aussi chez FO, on veut encore croire à une réunification d'EDF et GDF. Jean-Christophe Le Duigou, chargé des questions économiques à la confédération cégétiste, rappelle ainsi que la récente édition de factures séparées pour les deux opérateurs « historiques » avait coûté la bagatelle de 340 millions d'euros ! L'autre grande voie explorée tient à l'échange de participation croisées entre Suez et GDF. FO suggère alors comme la CGT ou la CFE-CGC une montée de la Caisse des dépôts au sein du capital de Suez.
Du côté des politiques, Nicolas Sarkozy et ses proches plaident eux aussi en faveur des participations croisées. Pierre Méhaignerie, le président UMP de la commission des finances de l'Assemblée, considère même qu'il s'agit de la « meilleure piste », car cela offrirait une porte de sortie honorable à Enel dès lors que l'italien pourrait intégrer le tour de table. Seulement, pour l'heure, cette solution se heurte au refus catégorique des deux protagonistes. Les dirigeants du gazier estiment que « rien n'est perdu pour la fusion », cependant que Gérard Mestrallet, le patron de Suez, explique qu'il « privilégie » la fusion, sans pour autant « exclure » le principe de l'échange de participations.

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