Le groupe gazier espagnol lance une OPA non sollicitée de 22,5 milliards d'euros sur son compatriote Endesa. Dans le même temps, E.ON convoite le britannique Scottish Power. EDF, pour sa part, prépare son ouverture de capital.
Quand le numéro un gazier espagnol lance une OPA sur son compatriote leader de l'électricité, le nouvel ensemble brigue forcément une place au sommet de l'énergie européenne et l'une des toutes premières à l'échelle mondiale. En cas de succès, le duo formé par Gas Natural et Endesa pourra en effet revendiquer d'emblée près de 32 millions de clients, dont 16 millions sur le Vieux Continent, répartis dans 11 pays. En France, il contrôlera les deux tiers du capital de la SNET, la Société nationale d'électricité et de thermique. Mieux. Le champion ibérique deviendra leader en Amérique latine. Et se hissera sur le podium mondial des entreprises privées du secteur au nombre de clients. En attendant, le conseil d'administration d'Endesa se réunira mardi, peu après 18 heures. Et il n'est pas sûr qu'il approuve une offre qualifiée de "non sollicitée".
Dans le détail, l'offre du gazier espagnol, qui devrait être effective en mars prochain après validation par l'Antitrust européen, valorise sa proie à 22,5 milliards, à raison de 21,3 euros par titre. Ce qui représente une prime de près de 19,5% eu égard au prix moyen de l'action Endesa sur les six derniers mois. Pour Gas Natural, le montage d'une l'opération financée aux deux tiers en titres passe par un emprunt de 7,8 milliards ainsi que par la rétrocession d'une grosse poignée d'actifs (de 7 à 9 milliards) à Iberdrola, le… concurrent direct d'Endesa. Ironie de l'histoire : on se souvient qu'il y a deux ans, Gas Natural avait tenté justement de s'emparer d'Iberdrola, mais en vain pour des raisons politiques. La droite de M.Aznar s'y étant opposée. Le gouvernement espagnol actuel a dit pour sa part qu'il "ne s'opposera pas" à l'OPA en cours, mais les marchés financiers restent prudents sur l'issue d'une opération très complexe. Le patron de Gas natural s'attend à ce que l'examen par les autorités de la concurrence prenne au moins six mois, ce qui programmerait le lancement effectif de l'offre "vers la mi-mars".
A vrai dire, ces grandes manœuvres énergétiques au-delà des Pyrénées s'inscrivent dans un mouvement de concentration plus vaste à l'échelle continentale, à l'heure où tous les opérateurs ne jurent plus que par les offres commerciales mixtes : gaz + électricité. Alors que Suez s'est emparé il y a peu de la totalité de sa filiale belge Electrabel et tandis qu'EDF prépare activement en coulisses son ouverture de capital et n'attend plus que le feu vert gouvernemental, le géant allemand E.ON lorgne, lui, franchement sur le numéro cinq britannique, Scottish Power. Au point d'envisager une offre en cash. Pour parfaire son recentrage sur l'énergie, le numéro un de l'énergie outre-Rhin peut d'ailleurs tabler à présent sur une manne de 600 millions de dollars provenant du rachat de Ruhrgas Industries, sa filiale de prospection et d'évaluation des réserves pétrolières, par le fonds CVC Capital Partners. Bruxelles vient de valider précisément aujourd'hui mardi cette opération annoncée en juin.

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