La Deutsche Börse s'est retirée sous la pression de ses propres actionnaires. L'action de la bourse pan-européenne, désormais seule candidate, progressait fortement. La direction du LSE laisse la porte ouverte à toutes négociations.
Une victoire par défaut en perspective ? Alors que la Deutsche Börse vient de renoncer officiellement à racheter le London Stock Exchange (LSE), Euronext, sa rivale, voit mécaniquement sa cote s'envoler, à l'image de son action, laquelle grimpait lundi de plus de 9% en cours de séance avant de se replier quelque peu et de clôturer sur un plus modeste +4,2%. A contrario, les titres des bourses de Londres et Francfort abandonnaient respectivement 7,5% et 3%. L'une du fait de la fin de la spéculation ; l'autre en raison de la défaite, même si celle-ci augure du coup d'une distribution de dividende attractive aux actionnaires.
La bourse paneuropéenne reste donc seule en lice pour rafler le gros lot, amicalement s'entend. Ce qui autorise évidemment toutes les supputations favorables, d'autant que sa proposition informelle était a priori la mieux-disante au regard des synergies supposées (200 millions pour Euronext contre 100 millions pour Deutsche Börse). Prenant acte du retrait de l'un de ses deux prétendants, la direction de la place britannique n'a souhaité ceci dit « faire aucun commentaire à ce stade » tout en indiquant qu'elle souhaitait « continuer à discuter d'une éventuelle offre avec Euronext ».
Pour Francfort, en revanche, ce désistement s'apparente à une capitulation de la part de sa direction. La troisième en sept ans. C'est que Werner Seifert, le patron de la Deutsche Börse, s'était engagé personnellement et avec détermination dans cette affaire à 2 milliards d'euros. Après une double tentative infructueuse en 1998 puis en 2000, le PDG d'origine suisse échoue donc pour la troisième fois consécutive. Il pâtit cette fois de l'opposition claire et nette d'une poignée d'actionnaires, des fonds anglo-saxons (TCI, Atticus, Harris Associates, Merrill Lynch Investment…) soucieux de préserver justement le rendement de leurs investissements. Generali, le géant italien de l'assurance, et Fidelity, le premier fonds mutuel au monde, ont finalement sonné l'hallali en refusant de soutenir le projet LSE. De sorte que selon le dernier décompte de la presse outre-Rhin, la proportion des opposants au rachat flirtait avec les 50% contre 35% lors du précédent pointage.
A défaut de vision stratégique, Francfort reste donc assise sur son tas d'or. Ses réserves en liquidité sont estimées à quelque 600 millions d'euros. De là, deux options possibles : le versement d'un dividende exceptionnel pour contenter les « opposants » internes ou bien un vaste programme de rachat d'actions. Toutes choses devant faire oublier que la bourse allemande risque peut-être - sans doute ? - de se retrouver bien isolée face à un mastodonte nommé Euronext/LSE.

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