Gérard Mestrallet, le patron de Suez, récuse toute négociation capitalistique autour d'Electrabel. A deux jours du grand débat énergétique devant l'Assemblée nationale, les opposants à la fusion Suez/GDF font entendre leur voix, jusque dans les rangs du gouvernement.
Vu d'Italie, l'heure ne serait plus aux grandes manœuvres guerrières mais aux joutes diplomatiques dans le dossier Suez/Enel. Et ce, alors que Jacques Chirac doit rencontrer mardi Romano Prodi, le successeur de Silvio Berlusconi. A défaut d'une OPA hostile forcément aléatoire et périlleuse économiquement, le numéro un italien de l'énergie chercherait en effet désormais une solution pacifique.
Selon Les Echos, Fulvio Conti, le patron du groupe transalpin, proposerait ainsi 3 « hypothèses d'école » au groupe dirigé par Gérard Mestrallet : primo, un rachat pur et simple d'Electrabel. Secundo, une co-gestion à 50-50 de la filiale belge. Tertio, une reprise d'autres actifs en guise de lots de consolation, tels Distrigaz, le 6ème opérateur gazier en Europe. Sachant que de ces trois pistes, la deuxième aurait la préférence d'Enel.
Ce n'est évidemment pas là l'option de prédilection de Suez, puisque le groupe français a récusé d'emblée toute négociation capitalistique autour de son joyau, Electrabel. En revanche, il se déclare ouvert à des « partenariats équilibrés » après la fusion avec GDF. A Paris, l'action Suez lâchait un peu plus de 2,1% lundi. Car les investisseurs ont anticipé l'idée qu'il n'y aurait probablement pas de bataille boursière épique.
En attendant, les « politiques » sont encore montés au créneau, à deux jours du débat très attendu à l'Assemblée sur l'approvisionnement énergétique de la France, où les députés auront tout loisir de faire connaître au gouvernement leur position sur ce dossier miné. Julien Dray pour le compte du parti socialiste a ainsi estimé qu'il n'y avait aujourd'hui « plus de prétexte » pour marier Suez et GDF dès lors que la menace Enel s'estompait d'elle-même. Et le porte-parole du PS d'ajouter qu'une privatisation du groupe gazier – préalable indispensable à tout rapprochement – « tournerait le dos aux engagements pris devant le Parlement par Nicolas Sarkozy », alors à Bercy. A droite, Jean-Louis Borloo, ne dit pas vraiment autre chose lorsqu'il rappelle : « Il faut vraiment qu'il y ait des raisons extrêmement majeures pour revenir sur un vote antérieur du Parlement, c'est-à-dire la promesse de ne pas descendre pour la part de l'Etat en dessous de 70% du capital ». L'UMP, lui, n'est pas en reste, lorqu'il souligne sa volonté d'être « très vigilant au pouvoir d'achat du consommateur ». De quoi augurer de débats houleux avec le Premier ministre dans deux jours.

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