Le numéro un mondial du jeu vidéo fait une entrée remarquée dans le capital d'Ubisoft. Avec 19,9% du capital, il en devient l'actionnaire principal. L'éditeur français, septième mondial, juge cette arrivée hostile.
Electronics Arts a choisi la France pour faire ses emplettes de Noël. Le géant américain, qui représente plus d’un quart du jeu vidéo dans le monde, entre à hauteur de 19,9% dans le capital d’Ubisoft. Sans avoir reçu l’assentiment de sa cible qui juge, en attendant d’obtenir davantage de détails, la prise de participation comme « hostile ». De fait, Electronics Arts acquiert en bloc la part détenue par le fonds Talpa Beheer BV, société contrôlée par John De Mol, cofondateur d’Endemol. Soit, au cours de vendredi, environ 60 millions d’euros. Il devient ainsi le premier actionnaire d’Ubisoft, devant les Guillemot qui conservent 15% de leur société et 22,8% des droits de vote. Une transaction très bien accueillie à Paris, où le titre Ubisoft bondissait de 24,62% à la clôture, à 21,16 euros. Dans le même temps, ce mouvement annonciateur d'une possible concentration alimentait les rumeurs autour d’Infogrames, numéro un français, qui gagnait 4,27%.
L'opération n’était pas attendue. Ces derniers mois, Ubisoft cherchait plutôt des proies que des partenaires. Un temps, il même avait manifesté un intérêt pour le rachat du studio britannique Eidos. Pour Electronic Arts, en revanche, l’entrée dans le capital Ubisoft s’inscrit dans une stratégie d’expansion ou de rachats tous azimuts. Numéro un mondial incontesté, l’Américain emploie environ 5000 personnes dans le monde et affiche cette année un chiffre d’affaires de 3 milliards de dollars, dont la moitié hors des Etats-Unis, pour 577 millions de bénéfice. Sa puissance, il la tient notamment d’une politique de licences agressive, avec les adaptations d’œuvres à succès, comme Harry Potter, James Bond et le Seigneur des anneaux. Mais aussi de la pratique répétée de suites de jeux qui fidélisent les joueurs. Chaque année, Electronic Arts livre ainsi de nouvelles version de Fifa ou de NBA Live, ses jeux de football et de basket.
Face à la grosse machine américaine, Ubisoft bénéficie encore d’une image innovante attractive. Créateur de Rayman, il a connu dernièrement d’importants succès avec les aventures de Prince of Persia et le jeu d’infiltration Splinter Cell. Insuffisant cependant pour éviter une perte nette de 43 millions d’euros au premier semestre 2004, pour un chiffre d’affaires de 130 millions. Comme beaucoup d’éditeurs, Ubisoft fait face à l’explosion des coûts de développement des jeux, dépassant couramment les 10 millions de dollars, hors frais de promotion. Grâce aux fêtes de fin d’année, l’éditeur table cependant sur un bénéfice annuel, entre 18 et 22 millions d’euros. Avant d’entamer une année charnière où seront présentées les nouvelles consoles de Sony, Microsoft et Nintendo. Or, la prise de participation d'Electronic Arts vise justement "à récupérer les efforts entrepris par Ubisoft pour l'arrivée des nouvelles consoles avant qu'ils ne soient valorisés par le marché", a commenté un porte-parole. C'est à ce titre que le nouvel actionnaire principal pourrait lorgner sur un flottant représentant 69% du capital et devenir majoritaire.

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