Dans le Wall Street Journal, Jean-Pierre Raffarin assure qu'une mise en bourse partielle de l'électricien devrait se faire avant fin 2005. Vives réactions de la CGT.
Petit à petit, EDF suit les traces de France Télécom. Après avoir été transformée en société anonyme, à la suite de la loi votée au début de l’été par le Parlement, l’entreprise publique prend désormais, elle aussi, le chemin du marché. Dans un entretien accordé jeudi au Wall Street Journal Europe, Jean-Pierre Raffarin a en effet annoncé que « le nouveau PDG, Pierre Gadonneix, mène une réflexion sur un projet pour une cotation partielle en Bourse qui devrait normalement se faire avant la fin de l’année prochaine ». Pour justifier le projet, le premier ministre assure que « nous sommes résolus à faire de cette entreprise un champion européen et un leader dans le secteur de l’électricité nucléaire ». Ce qui nécessiterait « d’ouvrir le capital à d’autres investisseurs car EDF aura besoin de fonds substantiels pour son développement ». Autrement dit, une « privatisation » qui « se fera à la manière française, ce qui signifie graduellement mais avec détermination ». Le mot, pourtant, reste à ce point tabou que le premier ministre a jugé bon de préciser, jeudi après-midi, qu’il ne l’avait pas employé lors de son entretien, et que les traducteurs l’avaient utilisé à la place de l’expression « ouverture du capital ».
L’entreprise, qui a récemment affiché un bénéfice semestriel record, à plus de 1,5 milliard d’euros, est certes florissante. Mais elle a en effet besoin de fonds propres pour payer à l’Etat une soulte de 7 milliards d’euros, en contrepartie de l’adossement de son régime de retraite au régime général des salariés - EDF en assurait elle-même, auparavant, la gestion. Elle est aussi en demande d’argent frais pour rétablir une situation financière tendue : son endettement est de 24,3 milliards d’euros, quand ses capitaux propres dépassent à peine les 20 milliards. Aujourd’hui, la loi permet à EDF de mettre jusqu’à 30% de son capital en Bourse, l’Etat ayant l’obligation de détenir au moins 70% des parts afin d’éviter que ne se constitue une éventuelle minorité de blocage. Reste que la mise sur le marché d’une partie du capital, même minime, ne se fera sans doute pas sans heurts. Il y a peu, Force Ouvrière a réitéré son « opposition résolue » à toute opération de ce type. Et la CGT a affirmé jeudi que les propos tenus par Jean-Pierre Raffarin « tournent le dos aux engagements pris par le gouvernement ». Et la centrale de rappeler que lors des débats parlementaires, ce dernier avait indiqué « qu'avant toute ouverture du capital d'EDF ou de Gaz de France, une commission d'évaluation serait chargée d'examiner les besoins de financement des deux entreprises ». Cette commission a en effet été mise sur pied, mais ne s’est pas encore réunie. Elle doit le faire pour la première fois le 30 septembre prochain.

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