Bérézina boursière : l'action du groupe aéronautique dévisse de plus de 26% mercredi à Paris. Les investisseurs sanctionnent les nouveaux retards annoncés par le groupe sur son programme A-380. Certains clients réclament des indemnisations.
C'est un véritable trou d'air boursier qu'a subi mercredi EADS. La maison-mère d'Airbus a vu son action décrocher de manière ahurissante, plongeant de plus de 33% en cours de séance, avant de se reprendre quelque peu en clôturant sur une perte de 26,3%. Ce qui revient à dire que plus de 5,5 milliards d'euros de capitalisation sont partis en fumée en une journée.
Alors qu'il traverse déjà une passe délicate, marquée aussi bien par les déboires de son A-350 (repoussé de deux ans, soit en 2012) que par la nouvelle offensive orchestrée par Boeing au sujet des aides d'Etat ou les méventes de son quadrimoteur A-340 (trop gourmand en kérosène), l'avionneur européen a semé l'effroi sur les marchés en annonçant un nouveau retard dans ses livraisons d'A-380, dû à des soucis de fabrication et d'installation de systèmes électriques. C'est le deuxième avatar du genre pour le plus gros avion de ligne du monde. En clair, au lieu de remettre à ses clients entre 20 et 25 exemplaires de son appareil vedette l'an prochain, le groupe n'en livrera probablement que 9. Pour 2008, le différentiel par rapport au planning initial sera de cinq à sept unités et pour 2009, de cinq exemplaires. Dans le détail, le recalage du calendrier s'étagera sur 6 à 7 mois : un avion programmé pour janvier sera ainsi disponible courant juillet.
Autant dire dans ces conditions qu'outre la réputation du haut management, les comptes d'EADS souffriront grandement entre 2007 et 2010. "Je suis terriblement désolé", s'est ainsi excusé le co-président du groupe européen, Noël Forgeard, lors d'une conférence d'analystes. "Tom Enders (son homologue allemand, ndlr) et moi-même sommes déterminés à régler ces problèmes". Le groupe prévoit d'ores et déjà un impact négatif de quelque 500 millions d'euros par an. Mais pour certaines sociétés de bourse, telles Oddo Securities, celui-ci pourrait osciller entre 2,6 et 3 milliards sur la période 2006/2009. C'est qu'il faudra tout à la fois assumer les surcoûts inhérents aux dépassements et le volant d'indemnisations que ne manqueront pas de réclamer les compagnies lésées. Celles-ci se sont d'ailleurs déjà manifestées en masse. Singapore Airlines (10 unités), Qantas (12), Emirates (43) et Malaysia Airlines (6) ont indiqué chacune dans la foulée qu'elles allaient « réexaminer » les termes de leur contrat, avec compensations à la clé. D'autres pourraient les imiter. Et surtout, certains évoquent déjà le spectre d'éventuelles annulations. Rappelons que le programme A-380 totalise 159 commandes émanant de 16 clients.
Pendant ce temps, le rival américain continue d'engranger les succès avec son Dreamliner, l'arme anti-A-380. Après avoir fait part de ses récriminations à l'encontre du groupe européen, Singapore Airlines a ainsi signé avec Boeing une lettre d'intention portant sur 20 B-787 (plus 20 autres en option), soit un contrat de 4,5 milliards de dollars au prix catalogue, tout en précisant cependant que les deux dossiers étaient totalement indépendants. Au final, le géant de Chicago pourrait recouvrer son leadership dans l'aviation civile d'ici la fin de l'année. Car, aujourd'hui, dans son match à distance avec Airbus, le groupe dirigé par James McNerney totalise déjà 417 commandes depuis le début de l'année. Soit quatre fois plus que son éternel concurrent (106).

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