A l'issue de son audition par les députés, le co-président français exclut toute démission. La pression de l'actionnaire allemand, DaimlerChrysler, se fait de plus en plus insistante. Bercy assure avoir transmis un "schéma" de gouvernance aux deux actionnaires privés du groupe.
Le capitaine ne veut pas partir pendant la tempête... ni même après. Interrogé mercredi par la députée PS, Marylise Lebranchu, qui lui demandait s'il n'envisageait pas de démissionner "dans l'intérêt d'EADS", Noël Forgeard a catégoriquement répondu: "Je suis compétent et honnête. Il en est hors de question". Autrement dit, à l'issue de son « grand oral » devant les députés, le co-président français du groupe aéronautique confirme bien qu'il ne cèdera pas sous la pression.
Au niveau personnel, il lui est notamment reproché d'avoir vendu un gros paquet d'actions EADS peu avant le désengagement partiel des deux actionnaires de référence, DaimlerChrysler et Lagardère, et l'annonce de nouveaux retards de l'Airbus A380. Une succession de faits qui alimente un soupçon de délit d'initié et sur laquelle Noël Forgeard s'est expliqué en essayant de démontrer une simple coïncidence. Il a ainsi précisé à la représentation nationale qu'il n'avait « pas été mis au courant des retards de l'A-380 en mars », mais seulement « en mai ». Ensuite, il a affirmé qu'il n'était pas informé, contrairement à son homologue Thomas Enders, de la sortie partielle du capital du constructeur allemand. On se souvient que Thomas Enders avait en effet publiquement reproché à Noël Forgeard la vente de ses fameuses actions. Enfin, le représentant du clan français à la tête d'EADS a tenu à rappeler que sur les quelque 250 cadres de haut niveau du groupe, 70% d'entre eux avaient levé leurs options « dans la fenêtre des trois semaines de mars » qui leur était impartie.
Reste à savoir si cette défense sera suffisante. L'hypothèse du départ - éventuellement forcé - du co-président français d'EADS restait plus que jamais d'actualité. Patrick Ollier, le président UMP de la Commission des Affaires économiques, confiait ainsi à l'issue de la prestation de Noël Forgeard : « S'il faut que la direction soit mise en cause pour la préservation du destin de ce projet industriel, alors qu'elle le soit. Mais il faut que cela soit vite fait ». Côté allemand, Dieter Zetsche, le patron de DaimlerChrysler, qui souhaite également accélérer l'issue de la crise, considère ainsi dans un entretien accordé au Wall Street Journal que « des changements doivent avoir lieu », même s'il se montre peu disert sur la nature de ceux-ci. A Paris, après l'expiration du délai des 72 heures de réflexion évoqué par Bercy, on espère maintenant une finalisation « dans les meilleurs délais ». Thierry Breton a précisé à l'Assemblée que l'Etat français avait soumis au duo Lagardère/Daimler un schéma de gouvernance, mais sans que l'on sache précisément lequel : abandon de la structure bicéphale ? suppression du poste du DG d'Airbus ? En attendant, en bourse, l'action EADS piquait du nez, et perdait 3,89% mercredi soir.

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