
La bataille pour le renouvellement des droits télévisés du foot français débutera vendredi 30. La Ligue espère faire mieux encore que les 650 millions d’euros récoltés il y a trois ans auprès de Canal+ principalement. Mais, depuis, le paysage audiovisuel a changé…C’est le retour du grand poker menteur entre d’un côté, la LFP, la Ligue de football professionnel, propriétaire du produit "championnat de France élite", et de l’autre, tous les diffuseurs potentiellement intéressés par le ballon rond. L’enjeu ? Plusieurs centaines de millions d’euros. Vendredi, la Ligue dévoilera les modalités de son nouvel appel d’offres, celui qui courra sur la période 2008/2012. A partir de là, les prétendants auront environ cinq semaines pour y répondre. Puis les enveloppes seront dépouillées et disséquées pendant deux semaines. Ce qui fait que la Ligue devrait attribuer les droits télés fin janvier, voire tout début février.
D’ici là, tous les coups ou presque seront permis dans ce gigantesque feuilleton, de l’intox au lobbying sans oublier les traditionnelles rumeurs et les déclarations fracassantes. C’est que le match pèse lourd et que le contexte a changé. « Fin 2004, la donne était assez simple, résume pour L’Expansion.com Frédéric Bolotny, économiste au Centre de droit et d'économie du sport à Limoges (CDES) : Canal+ et son rival direct, TPS, se livraient une bataille acharnée. Ce qui mécaniquement poussait à une logique de surenchère. Et le premier l’avait emporté sur le second par K.O. en s’octroyant au prix fort l’exclusivité. Résultat ? La Ligue avait engrangé 650 millions d’euros par saison. Un record. Plus du double de la consultation antérieure. Aujourd’hui, les facteurs d’incertitude sont beaucoup plus forts. Canal+ a avalé TPS et les autres acteurs du marché, que ce soit les opérateurs télécoms, les câblo-opérateurs ou bien les télévisions gratuites, ne sont pas forcément disposés à casser leur tirelire pour le produit foot. Si bien que j’aurais tendance à penser que le contexte demeure plutôt baissier ou au mieux stable ». Or, Frédéric Thiriez, le patron de la LFP, a clamé haut et fort ces derniers temps qu’il escomptait récolter pas moins de 700 millions. Jean-Michel Aulas, le puissant patron de l’Olympique Lyonnais, pronostique, lui, au moins 750 millions. Qui dit mieux ? Plus modeste, Pape Diouf, le président de l’Olympique de Marseille considère toutefois qu’une « baisse est inenvisageable, bien que le prix soit difficile à évaluer ».
Pour cela, pour être à la hauteur des attentes de ses « clients » – les clubs –, la Ligue a multiplié les coups tactiques. Elle a tout d’abord obtenu de haute lutte juridique de prolonger d’un an la durée de son appel d’offres, lequel était initialement calé sur trois ans. « En portant les droits à 4 ans au lieu de 3, explique-t-on chez Clifford Chance, le cabinet conseil qui a planché sur le dossier, on permet de facto à de nouveaux entrants d’amortir plus facilement leurs investissements ». Ensuite, elle s’est arrogée le droit de négocier de gré à gré les lots qui viendraient à être retoqués par l’ensemble des postulants. A l’inverse, pour s’épargner de mauvaises surprises et contrer ainsi toute tentative d’entente sur les prix à son détriment, l’instance dirigeante déposera sous pli cacheté chez un huissier des prix de réserve pour chacun des lots. Enfin, la Ligue n’a pas hésité à multiplier les lots afin de stimuler la concurrence : ils seront au nombre de 12 contre 6 lors de la précédente consultation. « En segmentant à outrance, elle espère recréer une zone de concurrence qui n’existe plus dans le paysage audiovisuel », analyse Frédéric Bolotny.
En face, les diffuseurs potentiellement intéressés ne sont pas restés les jambes croisées, même s’il est vrai que le rapport de forces plaide plutôt en leur faveur. Canal+, le partenaire historique du football en France, mène ainsi en coulisse depuis des mois une campagne contre la flambée des prix. En mars dernier déjà, la chaîne privée montait au créneau en stigmatisant la dévalorisation du produit "foot". En clair, pour Bertrand Méheut, le patron du groupe, et son staff, la Ligue 1 ne vaut plus 600 millions par an : les stars ont déserté les pelouses hexagonales et le jeu n’y serait guère spectaculaire. Et puis, Canal+ cherche absolument à réduire le coût de sa grille. « En fait, Canal+ a toujours besoin du foot en tant que produit d’appel discriminant mais le foot a toujours autant besoin de son diffuseur préféré. N’oublions pas en effet que le bouquet pèse environ 50% des recettes des clubs français hors transferts. Seulement, l’absorption de TPS le dispense maintenant de se battre pour l’exclusivité », ajoute Frédéric Bolotny.

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