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Sport Business

Droits du foot : la Ligue a-t-elle perdu le match ?

Guillaume Evin -  01/02/2008 17:30  - L'Expansion.com 
 
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Le propriétaire des droits du ballon rond espérait jusqu’à 750 millions d’euros par saison pour la période 2008/2012. Pour l’heure, ni Canal+, ni Orange n’ont fait exploser les enchères. La Ligue prolonge son appel d’offres sans être claire sur ses modalités. Le match retour s’annonce délicat.

A priori, c’est plié. En n’attribuant hier jeudi aucun des 12 lots mis en vente et en prolongeant sine die son appel d’offres, la Ligue de football professionnel (LFP) a semble-t-il perdu le match qui l’oppose à ses "clients", les diffuseurs, Canal+ en tête. Pour preuve, le titre de Vivendi, la maison-mère de la chaîne cryptée, grimpait de 4,7% vendredi à la bourse de Paris.

Envolés les 750 millions d’euros par saison dont les clubs de l’élite du championnat de France rêvaient ouvertement. Oubliés aussi sans doute les 650 millions actuels dont 600 versés par le seul Canal+. Car, si les lots n’ont pas été décernés, c’est qu’aucun d’entre eux – même parmi les plus prestigieux – n’a atteint le prix de réserve, soit le prix plancher fixé secrètement par la Ligue et déposé sous pli cacheté chez un huissier.

En clair, les diffuseurs du ballon rond ne se sont pas montrés assez généreux lors de la 1ère mi-temps. D’où la nécessité pour la LFP de forcer la décision lors de la seconde. Sauf que lors de ce second tour, il n’y aura pas de prix de réserve. Ce qui de l’avis de certains n’interdit nullement à Canal+ et Orange de se partager le gâteau en bonne intelligence. Pour eux, le match retour se présente bien. Dans une note adressée à ses clients, Natixis estimait d’ailleurs que le groupe dirigé par Bertrand Méheut avait remporté la première phase. Même appréciation chez CM-CIC qui voit ce dernier décrocher les 3 lots stratégiques (dits premium) à moins de 600 millions.

Entre 400 millions pour les uns et 600 millions pour les autres

Pourtant, l’instance dirigée par l’avocat Frédéric Thiriez s’était efforcée de maximiser ses profits en segmentant au mieux son produit. Elle avait ainsi concocté 12 lots contre 6 lors de la consultation précédente en 2004. Ce qui sur le papier avait permis d’attirer trois fois plus de prétendants qu’il y a quatre ans. Mais manifestement, cela n’a pas suffi pour faire décoller les enchères. Pire. Dans son édition datée samedi, Le Monde rapporte que l’enveloppe totale oscillerait entre 400 et 450 millions. Soit un score qui ramènerait la Ligue six ans en arrière…

« Le cabinet Clifford Chance qui conseille la Ligue a fait le "job", mais le contexte n’était pas très favorable, note pour L’Expansion.com Frédéric Bolotny, économiste au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES). Vu sa surface financière sans égale par rapport à la concurrence, Orange avait la possibilité de surpayer les droits pour se positionner demain en média leader sur les contenus. Mais France Télécom était-il d’abord prêt à perdre de l’argent ? Manifestement, non. Actuellement, il n’a pas de modèle économique global pour amortir des centaines de millions d’euros par an. Décrocher les matchs en direct ou décalés signifie en effet de les inclure dans une chaîne premium pour les valoriser au mieux. Ce que seul le groupe Canal+ possède à l’heure actuelle. Je pense donc qu’on est au-milieu du gué : Orange n’était pas tout à fait prêt cette année. En revanche, le gros match aura lieu dans quatre ans, lors de la prochaine échéance ».

Si la Ligue a échoué à décrocher une troisième augmentation consécutive, sauf improbable revirement, elle n’a peut-être pas tout perdu. « Médiatiquement, c’est vrai, tout montant en-deçà des 650 millions sonnera comme une défaite ; mais économiquement parlant, aux alentours des 550-600 millions, ce ne serait pas la catastrophe » ajoute Frédéric Bolotny. « Je pense qu’on ne sera pas loin au bout du compte des 600 millions, confie à L’Expansion.com Raffaele Poli, collaborateur scientifique au CIES – le Centre international d'étude du sport de Neuchâtel –, qui s'est illustré dernièrement en sortant la première édition d'une étude annuelle sur le marché du travail européen des footballeurs. Il ne faut pas oublier que sur le long terme, la tendance est à la hausse, même si le marché procède par paliers liés aux particularismes "locaux", comme ce fut le cas en Allemagne avec la faillite de Kirch puis les cafouillages de Premiere ou bien en France avec l’absorption de TPS par son principal concurrent, Canal+. Et puis, ni la Ligue, ni les chaînes ne peuvent se permettre le luxe de ne pas s’entendre ».

C’est qu’en France, les clubs sont de plus en plus "télédépendants". Les droits TV pesaient 58% de leur budget lors de la saison 2006-2007 contre 47% en 2003-2004. « Le championnat français souffre de la comparaison avec ses voisins européens sur les recettes dites commerciales qui incluent la billetterie, le sponsoring et le merchandising, souligne pour L’Expansion.com Nicolas Fernandez, consultant chez IneumConsulting. La vraie faiblesse, elle est là : là où les clubs français génèrent 400 millions par saison (2005/2006) hors TV, les italiens engrangent 500 millions, les espagnols 750 millions, les allemands près de 900 millions et les anglais, 1,3 milliard ! » Autrement dit, l’Allemagne et l’Angleterre sont respectivement deux et trois fois plus performantes que la France dans l’exploitation des stades et de l’image de leurs équipes. « C’est bien simple, on a dix ans de retard sur ces deux pays », renchérit Nicolas Fernandez.

Les chaînes dans le flou total

« Dix-huit mois de préparation pour ça ! » Les prétendants aux matchs de foot ne décoléraient pas vendredi, au lendemain de l’annonce par la Ligue de la prolongation de son appel d’offres pour la période 2008-2012. De fait, les 9 candidats aux 12 lots du ballon rond devaient se contenter du communiqué laconique lâché par la Ligue : « Le conseil d'administration a pris acte avec satisfaction des résultats obtenus à l'issue de cette première phase et a décidé, comme le prévoit le règlement, d'ouvrir une deuxième phase de la procédure, qui couvrira l'ensemble des lots et qui interviendra dans les prochains jours ».

Ni coup de fil, ni conférence de presse explicative. Les chaînes sont pour l’instant dans le fou total. Elles ignorent et le calendrier et les modalités. L’appel d’offres va-t-il être annulé et intégralement reformulé ? La LFP va-t-elle négocier lot par lot et de gré à gré ? Nul ne connaît en fait les règles du nouveau match qui vient de s’engager. Sans compter que plane sur ce feuilleton une grosse incertitude juridique puisque le TGI de Paris se prononcera sur le bien-fondé de la procédure le 19 février.

GE
 
Commentaires - (3)
onsecalme 4/2/2008 Recommander 0

En France, si l'on parlait un peu moins fric, et un peu plus jeu et envie de gagner, peut-être que le spectacle serait là et, donc, les (télé)spectateurs ! Le foot est, parait-il, un jeu populaire... pour les riches ???

Sky 2/2/2008 Recommander 0

Eh oui ! Pas de concurrence ça fait baisser les prix côté fournisseurs mais sans qu'ils ne baissent côté clients ! C'était franchement prévisible depuis la fusion TPS / Canal . Pas grave: les clubs de foot n'auront qu'à baisser les salaires de ces joueurs trop payés qui courent plus après le fric qu'après le ballon...

perig 1/2/2008 Recommander 0

A force d'ètre trop gourmand voilà ce qui arrive.Ils ont bien raison les C ,Orange & co, car payer des sommes astronomiques pour voir des 0-0 ça n'en vaut pas le coup.C'est exact que le championnat de France n'est guère attrayant,et il en est de mème au stade ou on paie une place chère pour voir un triste spectacle.....

 
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