Pour sauver son groupe, il s'est délester de Chrysler et de sa dette de 20 milliards de dollards. Une opération brutale mais sans douleur, menée par un manager ultradéterminé.
Etes-vous vraiment médecin ? » s’inquiète le journaliste assis à l’avant de la Chrysler. Pour toute réponse, le Dr Z - alias Dieter Zetsche, patron du Groupe DaimlerChrysler - appuie à fond sur l’accélérateur. La voiture file et s’écrase contre un mur. L’avant est détruit, mais les deux hommes sont sains et saufs. Les équipements de sécurité ont parfaitement fonctionné. Le passager respire. « Pas d’autres questions ? » lance, ironique, le Dr Z avant de s’extraire de l’habitacle et de disparaître de l’écran en saluant son interlocuteur d’un « Auf Wiedersehen ».
Surprenant Dieter Zetsche ! Elégant, énergique et plein d’humour, le patron du quatrième constructeur automobile mondial a joué son propre rôle dans les films publicitaires de Chrysler. Objectif de ces spots : prouver, parole du boss à l’appui, la pertinence pour Chrysler de l’alliance avec l’allemand Mercedes.
Hélas, à l’automne dernier, la réalité de Chrysler a rejoint la fiction publicitaire. Le troisième constructeur américain a foncé droit dans le mur avec des ventes en chute libre de 7 % et des pertes de 1,4 milliard de dollars en 2006.
Pour s’en sortir, le Dr Z, ancien patron de Chrysler lui-même, a dû se résoudre à l’amputation. Le 14 mai 2007, DaimlerChrysler a cédé 80,1 % de sa filiale américaine pour 7,4 milliards de dollars au fonds d’investissement Cerberus. En perdant près d’un tiers de son chiffre d’affaires, l’allemand, rebaptisé Daimler AG, plonge à la onzième place du classement des constructeurs automobiles, au niveau de Renault. Depuis la reprise de l’américain, en 1998, 36 milliards de dollars investis par DaimlerChrysler sont ainsi partis en fumée.
Pourtant, Dieter Zetsche peut se frotter les mains. Il a sauvé l’ensemble du groupe du naufrage - Chrysler était en effet plombé par une dette de 20 milliards de dollars liée au versement des pensions de retraite de ses salariés. Deux ans après son arrivée à la tête du groupe, Zetsche s’est débarrassé prestement de ce boulet sans devoir faire face au moindre conflit social. Ron Gettelfinger, leader de la très puissante centrale syndicale américaine United Auto Workers, a même applaudi la cession en la qualifiant d’ « excellente décision ». Un krach qui s’achève presque en happy end !
« J’ai passé les meilleures années de ma vie aux Etats-Unis », confiait Zetsche lors de la soirée d’annonce de la vente aux cadres de Chrysler. « Ici, tout le monde continue à lui taper sur l’épaule et à l’appeler Dieter », assure Jason Vines, porte-parole du constructeur américain.
Certes, pendant les cinq ans où il a dirigé Chrysler, Dieter Zetsche n’a pas ménagé sa peine pour se faire aimer outre-Atlantique. Il a milité dans les associations charitables, s’est abonné aux concerts de l’Orchestre philharmonique de Detroit et n’a jamais refusé de discuter avec les syndicats. « Je les ai surpris parce que j’étais abordable », confie-t-il. Adepte des méthodes allemandes, il déjeune à la cantine, parle avec les ouvriers ou se rend inopinément dans les ateliers. On lui a ainsi beaucoup pardonné parce qu’il n’a jamais endossé le costume du cost killer. « Il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit », jure l’un de ses collaborateurs américains. Franc, direct sans être brutal, Zetsche est respecté pour la culture technique qu’il a acquise pendant les trois décennies qu’il a passées dans la galaxie Daimler (automobiles et véhicules utilitaires Mercedes et division poids lourds).
Né à Istanbul en 1953, il y a vécu les trois premières années de sa vie, mais ses parents rentrent vite en Allemagne, et le petit Dieter fera ses études à Oberursel, près de Francfort. Elève sérieux, il décroche un diplôme d’ingénieur en électricité à l’université de Karlsruhe. Grâce à cette formation, le jeune homme, qui porte déjà une épaisse moustache « pour faire plus vieux que son âge », entre chez Daimler en 1976, à l’âge de 23 ans.
Au début, il travaille dur sur la planche à dessin des bureaux d’études. Une longue et ingrate initiation technique de cinq ans dont il sort pour rejoindre la direction ingénierie des véhicules utilitaires, à un poste apparemment modeste de simple assistant de développement. Mais le jeune Zetsche a déjà fait son trou. D’ailleurs, on l’envoie compléter sa formation initiale à l’université de Paderborn, où il décroche un titre de docteur qui ne le quittera plus.
De retour chez Daimler-Benz, il découvre le métier de commercial, s’ouvre à l’étranger avant de devenir chef de service dans la branche véhicules tout-terrain en 1986. Par la suite, il prend les commandes des filiales Mercedes au Brésil et en Argentine.

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