L'avionneur européen livrera en retard ses premiers A-380. EADS, sa maison-mère, ne divulgue toujours pas son nouvel organigramme.
Airbus et sa maison-mère EADS se seraient sans doute bien passés de cette fâcheuse coïncidence au moment où Boeing, l'éternel rival, signe son retour en force avec son Dreamliner sur fond de guerre ouverte par OMC interposée entre Bruxelles et Washington.
De fait, alors que l'avionneur européen faisait état mercredi matin d'un gros retard sur son calendrier de livraison de son futur jumbo A-380, son actionnaire majoritaire annonçait à la mi-journée qu'il différait la présentation de son nouvel organigramme. A Paris, les investisseurs ont visiblement peu goûté ce « double retard » ; de sorte que l'action EADS cédait 1% en cours de séance avant de se reprendre quelque peu et de clôturer à -0,25% pour un CAC en hausse de 1,4%.
Premier coup de froid. Deux semaines après les révélations commises par Singapore Airlines, la première compagnie à avoir acheté des A-380, Airbus doit admettre des ratés dans l'échéancier de son programme vedette à 12 milliards de dollars. L'avionneur est en effet contraint de repousser de deux à six mois la livraison de ses appariels. Ce qui évidemment n'est pas pour plaire aux premiers clients ; lesquels seront fondés sans doute à réclamer certaines contreparties financières. D'aucuns estiment cependant que ces pénalités éventuelles seraient d'ores et déjà provisionnées par Airbus dans son chiffrage du dépassement des coûts.
Quoi qu'il en soit, le transporteur australien Qantas toucherait ainsi son premier avion en avril 2007 et non en octobre 2006 comme cela était prévu initialement. Air France sera également affectée par le décalage, sans que l'on ait davantage de précisions. Tout comme Emirates, le plus gros demandeur d'A-380 (43 unités).
Second coup de froid. Plus symbolique mais pas forcément moins grave. Cela à moins de deux semaines de l'importantissime salon du Bourget. EADS devait entériner aujourd'hui la nomination de Gustav Humbert à la tête de sa principale filiale. L'affaire semblait entendue depuis que Français et Allemands avaient convenu de repousser l'officialisation de cette refonte de l'organigramme au lendemain du référendum sur l'Europe. Mais, force est de constater, qu'il en va tout autrement.
Pour l'heure, le processus est gelé et repoussé à la semaine prochaine. Il semblerait que les ultimes négociations entre les deux parties achoppent encore sur les modalités d'un aménagement éventuel du « cross reporting ». Une disposition managériale spécifique au géant de l'aéronautique selon laquelle le patron d'une filiale rend compte au co-président du groupe issu de l'autre nationalité que la sienne. Autrement dit, selon ce schéma, Gustav Humbert est placé directement sous le contrôle de Noël Forgeard, le co-pilote français d'EADS. Le problème proviendrait en fait non pas du nouveau dirigeant d'Airbus mais de celui d'Eurocopter, Fabrice Bréguier. En vertu de cette règle, celui qui espérait un temps prendre la tête d'Airbus, devrait en principe dépendre hiérarchiquement de Thomas Enders, le co-président allemand.
Seulement, il se pourrait qu'une entorse soit faite et qu'il soit ainsi rattaché à Noël Forgeard. En contrepartie, Stefan Zoller, qui doit a priori présider la division Systèmes de sécurité et de défense, bénéficierait d'un traitement de faveur similaire et répondrait donc de ses actes devant son compatriote Thomas Enders.

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