L'opération va s'étaler sur trois ans et concernera près de 13% des effectifs. Le tout doit coûter près de 3,3 milliards d'euros. T-Com, la filiale de téléphonie fixe, est la principale concernée.
Les restructurations massives se suivent en Allemagne. Après Siemens et DaimlerChrysler, c'est au tour de Deutsche Telekom (DT) d'annoncer le licenciement de 32.000 salariés d'ici à 2008, soit près de 13% d'un effectif total de 244.000 personnes. « Les transformations qui touchent le marché mondial des télécoms, le développement rapide des technologies et la forte concurrence qui s'exerce dans les secteurs de la téléphonie fixe et du haut débit placent notre société face à de nouveaux défis », a justifié hier Kai-Uwe Ricke, le patron de l'opérateur historique des télécoms outre-Rhin.
Chez le géant allemand, le sureffectif a toujours été un sujet sensible, héritage du temps où DT était une société nationale. T-Com (fixe) emploie encore 126.000 personnes, dont 60.000 sont intouchables car disposant du statut de fonctionnaire. Malgré tout, DT a déjà licencié 100.000 personnes ces dix dernières années. Et on savait depuis le début de l'année que M. Ricke allait encore frapper. Selon la direction, il n'y aura pas de licenciements secs d'ici à 2008. Par ailleurs, 7.000 salariés seront placés sous contrat dans une « société d'emploi et de reclassement ». Dans le même temps, 6.000 emplois pourraient être créés. Mais seulement si le projet de construire un réseau de fibre optique d'un débit de 50 Mégabit dans les 50 plus grandes villes allemandes voit le jour. Selon les calculs de DT, on aboutirait à environ 19.000 départs effectifs dans les trois ans à venir. Logiquement, T-com, la filiale la moins rentable, est aussi la plus touchée.
« L'importance des licenciements prévus est impressionnante. Leur coût ne l'est pas moins », commente Theo Kitz, spécialiste des télécoms de la banque Merck Finck. « Jusqu'à présent, M. Ricke a fait un travail remarquable en ce qui concerne le désendettement et la rentabilité de l'entreprise. Mais il va lui falloir sortir 3,3 milliards d'euros à un moment où le téléphone fixe rapporte moins et la concurrence augmente dans le portable ».
Selon Kai-Uwe Ricke, toutefois, la phase de désendettement et de restructuration de Deutsche Telekom s'achèvera à la fin 2005 : « A partir de l'an prochain, nous nous concentrerons sur la croissance du chiffre d'affaires et la valorisation de l'entreprise. Nous défendrons nos parts de marchés becs et ongles, particulièrement sur le marché du DSL, quitte à privilégier le volume de chiffres d'affaires au détriment du bénéfice d'exploitation ».
Après avoir acheté cet été tele.ring, opérateur mobile autrichien, DT prévoit de développer ses engagements déjà fructueux dans les pays de l'Est et aux Etats-Unis dans le secteur de la téléphonie mobile. Pour Theo Kitz, M. Ricke doit cependant passer à la vitesse supérieure : « C'est un excellent gestionnaire, mais il doit être plus agressif et plus audacieux sur le plan stratégique. Il est regrettable qu'il ait laissé à Telefonica l'occasion de racheter l'opérateur mobile O2 ».

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