Energie

Crise gazière : « La France est épargnée parce qu'elle a su se diversifier »

Propos recueillis par Guillaume Evin -  06/01/2009  - L'Expansion.com 
 
Colette Lewiner, Directeur international Energie chez Capgemini.

Entretien avec Colette Lewiner, directrice internationale du secteur Energie et Utlities chez Capgemini.

Quelle est la clé de lecture de ce conflit gazier russo-ukrainien qui perturbe l'approvisionnement énergétique de bon nombre de pays européens ?

La crise entre la Russie et l'Ukraine est éminemment complexe. A l'origine, et avant que ne se greffent des considérations politiques liées au passé commun des deux pays et à la volonté de l'Ukraine de se tourner vers l'Union Européenne, le conflit est avant tout commercial. Cela tient à trois éléments : Primo, Moscou souhaite augmenter ses prix à destination de Kiev. En fait, la Russie veut les aligner sur ceux pratiqués en Europe de l'Ouest. Or jusque là, l'Ukraine, à l'instar de certains ex-pays satellites du bloc soviétique, bénéficiait de tarifs modérés. Concrètement, Gazprom souhaite que le prix des 1000 m3 de gaz passe de 179 dollars à 250 dollars. Secundo, la Russie réclame des arriérés de paiement à l'Ukraine notamment  via leur société mixte RosUkrEnergo, créée il y a tout juste trois ans au terme d'une crise similaire. L'affaire porterait sur quelque 450 millions de dollars. Enfin, tertio, l'Ukraine demeure un pays de transit. Les importations de gaz russe destinées aux Européens passent pour 80% des cas par son territoire. D'où la volonté de Kiev d'accroître le péage (droit de passage) qu'elle perçoit.

La situation a-t-elle évolué par rapport à janvier 2006 ?

Aujourd'hui, la Russie n'est plus dans la même posture. Sa situation est plus délicate. Car, entre temps, le prix des matières premières et notamment du pétrole et du gaz a chuté. Or, Medveded et avant lui Poutine ont assis leur politique économique sur le matelas que leur conférait des prix élevés. Les dirigeants russes cherchent à se justifier voire à trouver des boucs émissaires. C'est pourquoi ils risquent d'être durs en négociations. Du côté financier, l'Ukraine est en situation délicate avec de surcroit un tandem à sa tête qui affiche des divergences. Aussi pourrait-elle se montrer pareillement inflexible.

La France peut-elle être touchée par ricochet ?

Non. La France est épargnée. Elle a su diversifier ses approvisionnements. Seules 15% de ses importations de gaz proviennent de Russie contre 24% en moyenne dans l'Union Européenne. Paris a misé très tôt sur le GNL - Gaz Naturel Liquéfié - en provenance d'abord d'Algérie, puis d'autres pays comme le Nigéria et de l'Egypte, ainsi que sur l'importation par pipelines de Norvège et des Pays-Bas. Et puis, la France s'est constituée des réserves à la faveur d'un hiver 2007 peu rigoureux. Mais, ailleurs en Europe, ce n'est pas le cas. Certains pays, tels ceux d'Europe centrale et les pays baltes sont fortement dépendants du gaz russe (parfois à plus de 90%). Ils risquent d'être pris en otage par le différend russo-ukrainien.

Comment sortir de l'imbroglio ?

Ce problème russo-ukrainien n'a pas de solution à court terme. Et à long terme, il faut constater que l'Europe n'a pas depuis 2006 engagé les efforts nécessaires.  Pour sortir de sa dépendance du gaz russe, l'Europe doit sans doute privilégier quatre pistes : d'abord, accroître ses importations de GNL et améliorer l'interconnexion de ses réseaux. Car, pour l'instant, acheminer du gaz de France par exemple en Bulgarie n'est pas simple. Puis, renforcer ses capacités de stockage afin de gonfler ses réserves. Ce qui ôterait un moyen de pression à la Russie dès lors que certains pays ne seraient plus étranglés. Ensuite, parler d'une seule voix. Enfin, pour produire de l'électricité, il faut cesser de miser essentiellement sur des centrales au gaz et développer l'énergie nucléaire par exemple.

Faut-il malgré tout miser sur une médiation ?

L'Union Européenne cherche à se positionner en arbitre neutre. L'Allemagne pourrait aussi jouer les « messieurs bons offices ». L'opérateur allemand Ruhrgaz est un petit actionnaire du géant russe Gazprom et Berlin est notamment  impliqué avec Moscou dans le gigantesque projet de gazoduc sous-marin « Nord-Stream » qui doit relier directement la Russie à l'Allemagne.

 
 
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Commentaires - (4)
bruni 7/1/2009 Recommander 1

ne nous préparent on pas à une nouvelle hausse du prix du gaz.

lionne06 7/1/2009 Recommander 1

info ou intox ? !

doudou 7/1/2009 Recommander 0

ce qui me parait etre une guerre d usure entre deux pays qui se détestent royalement et tout le monde en pati aussi on n a bien fait de pouvoir avoir une importante réserve de gaz et que l on soit quelque peu rassuré de ne point en manquer mais cette guerre entre un etat dominateur au possible et un état qui essaye par tous les moyens de s émanciper de la tutelle russe peut etre négative pour tout le monde aussi il faudra bien que l un céde ou alors que des mesures sur le plan international soient rapidement prises par les gouvernants occidentaux.

vulcain 6/1/2009 Recommander 0

Le problème ne vient il pas particulièrement de la baisse du prix du gaz qui rendrait le gaz russe peu compétitif ou peu rentable s'il supportait un droit de péage élevé de la part de l'Ukraine? Et partant la capacité d'apaisement de ce contentieux n'est elle pas directement liée à la restauration de prix de l'énergie élevés?

 
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