Alors que 39 des 40 sociétés qui composent l'indice vedette de la bourse de Paris ont livré à ce jour leur copie pour 2005, les grands groupes français ont dévoilé 86 milliards d'euros de bénéfices. Reste à savoir ce qu'ils vont en faire...
Depuis deux mois maintenant et alors que Gaz de France sera le dernier de la liste à dévoiler jeudi le bilan de son activité de l’année écoulée, l’écrasante majorité des entreprises françaises qui composent le CAC 40 peuvent se targuer pour leur exercice 2005 de profits juteux voire records. C’est AXA (4,1 milliards), BNP Paribas (5,8 milliards, +25%), Sanofi-Aventis (6,3 milliards, +26%), Suez (2,5 milliards), EDF (3,2 milliards, +102%), Renault (3,3 milliards), Danone (1,4 milliard, +215%), EADS (1,6 milliard), Arcelor (3,8 milliards), France Télécom (5,7 milliards) et bien sûr le champion des champions, Total, (12 milliards ! +31%), qui font chacun état de résultats mirobolants. Tous secteurs confondus, la tendance semble être de nouveau à la douce euphorie. Logique somme toute quand on sait que les bénéfices nets de 2005 se sont envolés de plus de moitié par rapport à 2004, une année déjà remarquable. En volume, les firmes de l’indice vedette de la bourse de Paris ont donc engrangé 86 milliards d’euros, contre 57 milliards précédemment. Seules quatre sociétés ont vu leur résultat net fléchir (Vivendi, Carrefour, Peugeot et Pernod Ricard) et une seule, Thomson, a plongé dans le rouge (-573 millions).
Ce sentiment d’accroissement de richesse est du reste très bien perçu par les particuliers, puisque d’après un sondage CSA-TBWA réalisé en février, près des deux tiers des Français (63% exactement) sont persuadés que les performances des groupes hexagonaux sont meilleures que celles de l’année précédente. C’est que les firmes ont du cash en abondance, comme il y a huit-neuf ans, juste avant l’emballement de la nouvelle économie. De là, une question simple : quelle sera leur politique d’allocation des ressources ? Que vont-elles faire de tous ces bénéfices ?
« En période relativement faste, ce genre de considération n’est jamais un problème, note Gérard Augustin-Normand, le patron de la société de bourse Richelieu Finance. Il est en effet toujours facile de partager des profits importants. L’essentiel, en fait, consiste à adopter une ventilation équilibrée et à ne pas sombrer dans l’unidimensionnel ». En clair, il leur faut arbitrer pêle-mêle entre versement de dividendes, rachats d’action, renforcement des fonds propres, marges de manœuvre pour des fusions/acquisitions ou encore investissement dans l’appareil productif. Les possibilités sont multiples dès lors qu’elles répondent aux canons de la corporate governance. « A charge justement pour les directions générales de ces grands groupes d’effectuer les bons choix, de se montrer réactives et à l’écoute des marchés, quitte à redéployer leurs efforts d’une année sur l’autre ». Même si les Français interrogés par CSA souhaiteraient tout bonnement, à 68%, que leurs employeurs embauchent ou augmentent les salaires (50%).
Une chose est sûre, depuis l’an dernier, les grands groupes ont semble-t-il amorcé une nouvelle phase. « C’est la phase 3, celle du retour à la confiance des dirigeants qui songent à faire fructifier le cash accumulé, souligne Patrice Gautry, chef économiste à l’Union bancaire privée. Avant l’éclatement de la bulle, ce fut l’époque de la diversification erratique. On faisait un petit peu n’importe quoi avec le capital. Puis, dans la dépression post-Enron qui s’ensuivit, les sociétés ont axé leurs efforts sur l’assainissement de leur bilan en général et sur leur désendettement en particulier tout en se recentrant sur leur cœur de métier. Aujourd’hui, rassérénées, elles peuvent donc se lancer à nouveau dans des grandes manœuvres ».
D’où l’attrait des fusions-acquisitions, dont le nombre s’est brusquement accéléré en ce début d’année. Pourquoi ? « Parce que pour les firmes les taux d’intérêts restent bas – ce qui permet de financer leurss opérations –, leur endettement a été jugulé et leur valorisation boursière demeure plus sympathique », explique Jean-Pierre Petit, directeur des études économiques et de la stratégie chez Exane.
L’autre grande tendance, c’est bien sûr la rétrocession aux actionnaires et le rachat d’actions. Depuis près de dix-huit mois, les entreprises ont ainsi pris l’habitude de gâter leurs « propriétaires ». A l’exception notable de Cap Gemini et Alcatel, tous les autres poids-lourds de la bourse de Paris satisferont d’ailleurs à cette « mode ». Selon le consensus FactSet JCF, les pensionnaires du CAC 40 verseront au titre de l’exercice 2005 pas moins de 30 milliards d’euros de dividendes. Soit un tiers de plus qu’il y a un an. De même, d’après la lettre Vernimmen, les groupes cherchent à doper leur rentabilité financière en réduisant leurs fonds propres via les rachats d’actions. La lettre estime leurs montants pour le dernier millésime à 6,3 milliards (en net de cessions d’actions). Soit une progression de 19% sur un an.

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