Banque

Citigroup vaut moins que Société Générale

G.E. -  21/11/2008 17:02  - L'Expansion.com 
 

L'ex-n°1 mondial de la finance n'en finit pas de dévisser sur les marchés. Son action cote désormais à peine 4 dollars à New York. Le conseil d'administration envisage toutes les options, dont la vente pure et simple de la banque.

Alors que le secteur bancaire mondial vit une mutation forcée accélérée, avec à la clé des dizaines de milliers de suppressions d’emplois et des fusions-acquisitions d’urgence, Citigroup, lui, est dans la nasse. L’ex-n°1 mondial né il y a dix ans de la fusion entre Citicorp et Travelers, le mastodonte emblématique de la finance toute puissante, vacille. Et pourtant, il vient d’être renfloué à hauteur de 25 milliards de dollars par le Trésor américain. Et pourtant, le milliardaire saoudien, le prince Al-Walid, a volé à son secours en s’engageant à monter à 5% de son capital…

Son action vaut désormais à peine 4 dollars. En une semaine, sa valeur a fondu de plus de moitié. Et depuis le 1er janvier, elle a été laminée de 86%. Aujourd’hui, Citigroup pèse (seulement) 21 milliards en bourse. Soit moins que Société Générale ! Soit moins également que l’enveloppe débloquée par l’Etat fédéral. Il y a deux ans à peine, le géant affichait 270 millliards de capitalisation. Pratiquement quatorze fois plus. Et le groupe compte toujours quelque 200 millions de clients dans une centaine de pays.

Pire encore. Comme le rappelle Frederic Dickson de DA Davidson, de nombreux gestionnaires de fonds sont tenus légalement de se délester de leurs actions valant moins de 5 dollars. Ce qui pourrait encore précipiter la chute des cours. Sans compter que depuis la fin de l’interdiction des ventes à découvert, bon nombre de spéculateurs empruntent des titres Citigroup pour les revendre avec une marge confortable après qu’ils ont baissé. Vendredi, vers 18 heures heure français, l’action dévissait de 15%.

Il y a quelques jours, "Citi" a été contraint d’annoncer 50.000 suppressions de postes, lesquelles viennent s’ajouter aux 22.000 de l’an dernier. C’est sans commune mesure avec les 3000 emplois de Goldman Sachs et de JPMorgan ou les 1800 de Bank of New York Mellon. Comme le dit Gregori Volokhine, analyste chez Meeschaert New York, « Citigroup a semé beaucoup de doutes chez les investisseurs en quelques jours ».

Face à un mur de dettes de 50 milliards de dollars

Vu le contexte, et tandis que se profilent à nouveau de mauvais résultats pour le 4ème trimestre – ce serait la cinquième perte trimestrielle consécutive –, Citrigroup n’a guère le choix. Vikram Pandit et son staff devront vraisemblablement arbitrer entre la cession massive d’actifs et la vente pure et simple de la banque, croit savoir le Wall Street Journal. Tout cela devant être tranché vendredi à l’issue d’un conseil d’administration extraordinaire.

« Le problème de Citi est simple et colossal à la fois, résume pour L’Expansion.com Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Capital Markets. La banque se retrouve face à un mur de dette de 50 milliards de dollars qu’elle doit traiter d’ici la mi-2009. Or, on se rend compte que le plan Paulson n’est pas totalement approprié. On a actionné le levier de la solvabilité en restaurant leurs fonds propres, mais pas celui des liquidités. On le voit maintenant, la recapitalisation n’est pas une assurance tous risques pour le refinancement. Son Tier-1 de plus de 10% (ndlr le ratio de fonds propres) n’est pas un bouclier ». « Citigroup, de par son périmètre et son modèle de banque universelle, a accumulé plus que les autres quantité d’actifs toxiques qu’il lui faut à présent résorber, note un autre spécialiste du secteur. Mais ceux-ci détruisent du capital, sapent la confiance des marchés et ainsi de suite. On touche là aux limites de son business model. Citi aurait peut-être dû songer à se doter de citadelles plutôt que de jouer sur tous les tableaux d’une banque universelle ».

Parmi les options dont disposent la direction, le Wall Street Journal penche pour deux d’entre elles La première consisterait à céder tout ou partie de trois actifs plutôt performants : la filiale Smith Barney dédiée à la vente de titres boursiers aux particuliers, le pôle cartes de crédit et l’activité de services aux entreprises financières. La seconde possibilité serait de s’adosser à un compatriote. Et là, deux candidats émergent en vue d’une éventuelle fusion : Goldman Sachs ou Morgan Stanley, les deux "bons élèves" de la classe des banques d’affaires américaines. Sachant que Vikram Pandit est lui-même issu de Morgan. D'après le site Briefing.com, cependant, ce dernier souhaiterait maintenir "l'intégrité du groupe".

 
 
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