La compagnie pétrolière britannique fait l'objet de nombreuses enquêtes sur d'éventuelles manipulations de prix et est accusée d'avoir enterré un rapport critique sur l'entretien de ses oléoducs en Alaska. Le tout sur fond de procès concernant l'explosion de sa raffinerie de Texas City.
Sale temps pour British Petroleum. Actuellement jugée pour l'explosion de sa raffinerie de Texas City, la compagnie pétrolière britannique voit les enquêtes se multiplier à son encontre tandis qu'on la soupçonne de diverses manipulations.
Manipulation des prix, tout d'abord. D'après un article du Wall Street Journal publié mardi, les autorités américaines ont ouvert deux enquêtes pour examiner si BP n'avait pas tenté d'influer sur les cours du brut et de l'essence sans plomb. Des procédures confirmées par la compagnie. Concernant le pétrole, il s'agit notamment de savoir si le groupe n'a pas utilisé des informations internes sur le niveau de ses stocks au terminal de Cushing (Oklahoma), là où est livré le pétrole échangé sur le Nymex, le marché à terme de l'énergie. car BP se trouve en position dominante avec 40% des stocks de ce terminal clé. Au delà, ce type d'enquête souligne la position ambiguë des courtiers des groupes pétroliers, qui interviennent à la fois sur la commercialisation des produits maison mais aussi sur l'ensemble des marchés de l'énergie. Si une précédente enquête concernant le brut s'est soldée sans jugement par un versement de 2,5 millions de dollars par BP, les nouvelles procédures s'ajoutent à une investigation sur une éventuelle manipulation du gaz propane en 2004. Or celle-ci a débouché sur une plainte examinée par un tribunal de Chicago. Pour le Wall Street Journal, c'est un signe que le régulateur américain augmente sa pression sur le géant britannique de l'énergie.
Mais les déboires de BP ne s'arrêtent pas là. La compagnie pétrolière est en effet accusée d'avoir édulcoré en 2002 un rapport d'experts indépendants critiquant le programme d'entretien de ses oléoducs sur le champ pétrolier de Prudhoe Bay, en Alaska. Soit 4 ans avant que des fuites dues à la corrosion ne surviennent, en mars puis au début du mois d'août, provoquant la plus grave pollution de l'histoire dans la région. Au total, un million de litres de pétrole se sont ainsi retrouvés dans la nature. Selon des documents mis en ligne par un célèbre défenseur de l'environnement, Charles Hamel, BP serait intervenu auprès des autorités de l'Etat d'Alaska pour modifier les conclusions de ce rapport réalisé en 2001 par la société Coffman. De fait, la version définitive parue l'année suivante « évacue toutes les critiques » et au contraire « loue le programme de surveillance de la corrosion mené par BP », accuse M. Hamel. La compagnie britannique nie pour sa part toutes « pressions inapropriées ». Elle admet avoir « fourni des informations complémentaires pour corriger ce qui nous semblait des erreurs factuelles et analytiques ». Une démarche présentée comme un « processus normal d'échanges ». Une enquête fédérale est en cours pour s'en assurer.
Comme si cela ne suffisait pas, le tribunal américain qui examine l'affaire de l'explosion de la raffinerie de Texas City en mars 2005, qui avait fait 15 morts et 170 blessés, a exigé lundi que le PDG du groupe, John Browne, réponde par écrit et sous serment, aux questions des avocats de la partie civile. Ces derniers affirment que la catastrophe résulte « de négligence flagrante » de la part de la compagnie. BP a fait appel de la décision du juge, estimant que le PDG n'est pas directement impliqué et que les responsables locaux du groupe collaborent déjà avec la justice. Pas sûr que cette attitude contribue à redorer le blason de la compagnie...

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