Depuis le début de la crise, le cabinet Bernard Krief Consulting multiplie les tentatives de rachat de PME en difficulté, comme dernièrement Heuliez, fédérant autour de lui un petit conglomérat industriel.
Bernard Krief Consulting est partout. Depuis quelques mois, le nom de ce cabinet de « conseil en développement de grandes entreprises » a été cité dans plusieurs dossiers d'entreprises en difficulté, dont celui de la société Heuliez récemment placée en redressement judiciaire. Sauf que le "conseiller" s'est, la semaine dernière, positionné comme "acteur" en se portant candidat au rachat de l'équipementier automobile.
En fait, il ne s'agit pas d'une première pour l'entreprise dirigée depuis 1995 par Louis Petiet. La crise a manifestement provoqué une accélération puisqu'en fin d'année dernière, BKC a acheté coup sur coup quatre entreprises : Isotherma (maintenance industrielle) au Havre, Spiral (sous-traitant aéronautique et automobile) en Charente-Maritime, et deux branches du numéro un mondial du fil à broder DMC en Alsace, l'une fabriquant de velours, l'autre du fil à broder.
Mais le virage remonte probablement à 2003. Cette année là, l'entreprise s'essaye aux acquisitions dans le secteur des nouvelles technologies dans les pays émergents. L'entreprise de « conseil stratégique et de marketing opérationnel » se transforme alors peu à peu en « spécialiste du développement industriel ». En 3 ans, elle a procédé à 17 acquisitions dans des secteurs aussi variés que le textile (avec notamment DMC, sa plus grosse acquisition), l'automobile (Walor, OPR) ou l'environnement (isotherma). Estimé à 230 millions d'euros, ce pôle industriel emploie 2500 salariés contre seulement 1200 dans les métiers de base de l'entreprise (marketing, conseil...). Pour le dirigeant, qui cumule les casquettes de conseiller général UMP de l'Eure, de maire de Verneuil et de PDG, c'est sa conviction de la compétitivité de l'industrie française qui est à l'origine de ce repositionnement.
Le temps était aussi venu de mettre en application les recettes que le cabinet a recommandées à d'autres firmes : « Les consultants qui travaillaient pour nos clients, travaillent désormais aussi pour Bernard Krief consulting », explique Louis Petiet. La structure low cost est remise au goût du jour dans les entreprises rachetées. « Chez DMC, nous avons diminué le salaire des dirigeants, fait passer de 800 millions à 35 millions les loyers du siège parisien » raconte-t-il. Ne facturer aucune charge d'état major aux sites industriels, instaurer une gestion décentralisée, proscrire les salaires délirants dans le management... voilà la stratégie de Bernard Krief Consulting. Par ailleurs, « nous nous établissons uniquement sur des niches à valeur ajoutée et mondialisables », détaille Louis Petiet.
Le groupe revendique un doublement de son chiffre d'affaires chaque année au cours des 5 dernières années et annonce un objectif de 430 millions d'euros en 2009. Mais la success story apparente a aussi ses critiques. Récemment, Gérard Sugier, le représentant CFDT de Dapta technologies, une société de décolletage implantée dans le Puy de Dôme, s'est fermement opposé à un repreneur jugé sans projet industriel et accusé de faire miroiter des millions. Finalement Bernard Krief consulting finira par jeter l'éponge...
Outre la stratégie de l'entreprise, son financement questionne. Pour boucler ces rachats, les besoins en trésorie sont en effet conséquents: le projet Heuliez prévoit par exemple un apport de 20 millions d'euros. Pas très disert, Louis Petiet explique que « le conseil est une activité génératrice de cash-flow ». N'ayant jamais distribué ce cash, le cabinet aurait accumulé de quoi financer une partie de ces opérations. Il trouverait les compléments en s'associant à des investisseurs minoritaires ou à des entreprises de pays émergents. Pour racheter DMC, la firme s'est ainsi alliée à un pakistanais. Sur le dossier Heuliez, elle serait en négociations avec un fonds du Qatar et le constructeur automobile chinois, Chery.
Le repreneur Bernard Krief Consulting affirme toutefois s'engager sur le long terme pour mener des projets industriels lourds: en 10 ans, Louis Petiet voudrait au minimum quintupler le chiffre d'affaires de DMC, et faire d'Isotherma la colonne vertébrale du pôle développement durable qu'il veut créer...
Et il n'entend pas en rester là. Rien ne semble trop gros pour ses yeux de dirigeant et de propriétaire. Outre les dossiers déjà cités, Louis Petiet convoite ainsi les chantiers navals de luxe de Guy Gouach. Au journal le Monde, il confiait en janvier dernier vouloir poursuivre son expansion en entrant cette année dans 3 nouveaux métiers. Et annonçait vouloir investir le marché des matières première, notamment en Afrique...

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