
Toyota fait état d'une baisse de 28% de son bénéfice net trimestriel, imputable notamment à la fermeté du yen, et dit prévoir pour le prochain exercice un bénéfice annuel en baisse pour la première fois en sept ans sur fond de ralentissement du marché automobile américain.
Le bénéfice du premier constructeur nippon, au coude-à-coude avec l'américain General Motors pour la première place mondiale par le volume de vente, est ressorti sur le trimestre janvier-mars, quatrième de l'exercice, à 316,8 milliards de yens (3,0 milliards de dollars), alors que les 20 sociétés de courtage interrogées par Reuters tablaient en moyenne sur 342,3 milliards.
Le bénéfice opérationnel, qui exclut le résultat des co-entreprises chinoises du groupe, a baissé de 30,5% à 396,7 milliards de yens, tandis que le chiffre d'affaires a augmenté de 3,8% à 6.570 milliards de yens.
Le résultat net de l'exercice clos en mars a tout de même augmenté de 4,5% à 1.720 milliards de yens (10,8 milliards d'euros), un nouveau record pour Toyota.
À l'image d'autres constructeurs japonais, le trimestre écoulé pour Toyota a également été marqué par des pertes financières sur produits dérivés, liées à la baisse des taux d'intérêt aux États-Unis.
Avant la publication des résultats, l'action du constructeur a clôturé en baisse de 1,79% à 5.480 yens, tandis que l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo perdait 1,13%.
La valorisation boursière de Toyota avoisine 180 milliards de dollars (près de 120 milliards d'euros), presque autant que celle des allemands Volkswagen et Daimler (Mercedes) pris ensemble.
Le constructeur japonais se développe rapidement en Chine, en Russie et au Moyen-Orient afin de compenser le ralentissement observé sur les marchés plus matures tels que les États-Unis, le Japon et l'Europe de l'ouest.
Mais ce redéploiement pour profiter de la forte croissance des marchés émergents et la vigueur des ventes de modèles comme la compacte Yaris, la Prius hybride et la berline Corolla, risquent pour l'heure d'être éclipsés par la faiblesse du yen face au dollar.
La devise nippone a perdu plus de 10% de sa valeur face au billet vert au cours de l'année passée. Toyota est également confronté au renchérissement des matières premières.
Dans ce contexte, le groupe vise désormais pour l'exercice à mars 2009 un bénéfice net en baisse de 27,2% à 1.250 milliards de yens et un recul de 29,5% de son bénéfice opérationnel à 1.600 milliards de yens, interrompant ainsi sept exercices consécutifs marqués par des résultats records.
Les analystes tablent en moyenne sur un résultat annuel sensiblement supérieur, avec un consensus à 1.560 milliards pour le net et à 2.000 milliards pour l'opérationnel.
"L'objectif du groupe pour son bénéfice imposable est plutôt sévère, avec une baisse de 30%, sa prévision de chiffre d'affaires l'est aussi", estime Koichi Ogawa, gérant chez Daiwa SB Investments. "Ce sont des projections très prudentes."
"L'hypothèse pour le taux de changes dollar/yen - fixée à 100 yens pour un dollar et à 115 yens pour un euro cette année - me convient, mais en ce qui concerne les perspectives pour les coûts des matières premières, en particulier de l'acier, la situation est plus incertaine. Mais ces coûts vont probablement beaucoup augmenter", poursuit-il.
Katsuaki Watanabe, le directeur général de Toyota, a précisé qu'il n'avait pas pour autant abandonné son objectif d'atteindre à moyen terme une marge opérationnelle de 10%, et de s'y maintenir.
La marge du groupe est ressortie à 8,6% sur l'exercice 2007/08. Toyota s'attend à ce qu'elle se dégrade cette année, et vise pour 2008/09 une marge de 6,4%.
Les analystes s'inquiètent tout particulièrement de l'accumulation des stocks de 4X4 aux États-Unis, faute de demande, une situation qui a conduit Toyota à réduire sa production et à recourir à de coûteuses promotions.
Les ventes de la nouvelle version du pick-up Tundra, présenté par Toyota lors de son lancement au début de 2007 comme son plus important modèle jamais lancé sur le marché américain, ont baissé en avril pour la première fois sous l'effet conjugué de la crise du marché américain de l'immobilier et de la flambée des prix à la pompe.
Le groupe a déjà révisé à son tour son pronostic de la demande totale de véhicules aux États-Unis, autour de 15 millions d'unités alors qu'il tablait jusqu'ici sur une croissance de 1-2% par rapport aux 16,1 millions de modèles écoulés en 2007.
Toyota vise en revanche pour sa JV chinoise une hausse de 36% des ventes à 640.000 voitures sur l'exercice 2008/09. Après une arrivée tardive en Chine, il fait maintenant mieux que la moyenne du marché et compte réitérer cette performance en Inde avec une nouvelle voiture à bas coût actuellement en cours de développement.
Le groupe japonais a annoncé par ailleurs qu'il demanderait le feu vert de ses actionnaires à un rachat d'actions pouvant aller jusqu'à 200 milliards de yens (1,9 milliard de dollars).
Version française Gilles Guillaume

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