Le sidérurgiste européen augmente une nouvelle fois son dividende au titre de l'année 2005 à 1,85 euro par action contre 1,2 euro auparavant. Et promet de rétrocéder jusqu'à 5 milliards de plus à ses actionnaires. Il fait par ailleurs en sorte que Dofasco ne puisse être revendu par Mittal.
Flatter encore et encore ses actionnaires pour mieux les fidéliser. Et donc, in fine, contrer l'OPA hostile de Mittal Steel. Telle est semble-t-il la ligne de défense érigée depuis quelques semaines par Arcelor, qui entend leur rétrocéder une partie toujours plus importante de ses bénéfices. A la mi-février, le sidérurgiste franco-luxembourgo-espagnol avait déjà adressé un premier signe fort à l'adresse de ses actionnaires en musclant son dividende 2005 : celui-ci passait de 0,65 euro par titre (2004) à 1,2 euro. Soit une envolée de 85% (+352 millions d'euros), vouée de surcroît à être renouvelée ultérieurement, si les finances le permettaient.
Six semaines plus tard, le numéro deux mondial de l'acier récidive. Et va encore un peu plus loin dans sa parade de séduction. Le groupe dirigé par Guy Dollé propose désormais un dividende de 1,85 euro. Soit un bond d'encore 50% par rapport à la précédente revalorisation. Ce qui représente un effort global supplémentaire de 415 millions d'euros. De sorte qu'au final, le dividende se sera apprécié de 184% en deux étapes. Ce qui représente quasiment 770 millions d'euros.
Mais Arcelor ne se contente pas de ce nouveau geste spectaculaire. Il a pris l'engagement d'allouer à ses actionnaires pas moins de 5 milliards issus de sa trésorerie disponible. Cela soit sous forme de rachat d'actions, soit sous forme de dividende exceptionnel. Le versement tomberait entre « la date de l'AG – le 28 avril – et la fin du douzième mois suivant l'échec ou le retrait de l'offre hostile de Mittal Steel ».
En parallèle, le groupe né de la fusion à trois entre Usinor, Arbed et Aceralia s'est plu à bétonner la défense de sa dernière pépite, Dofasco. Le sidérurgiste canadien, qui a été avalé cet hiver, vient de fait d'être placé sous le régime juridique protecteur d'une fondation néerlandaise, baptisée 3S. Ce qui le soustrait à la convoitise de Mittal ; lequel s'était engagé à le rétrocéder à son allié, l'allemand ThyssenKrupp, en cas de victoire sur Arcelor. Ce faisant, ce dernier sécurise ainsi un actif hautement stratégique pour lui, censé conforter ses positions en Amérique du nord dans l'acier pour l'industrie automobile. En transférant les actions Dofasco chez Strategic Steel Stichting, Arcelor désamorce par avance l'alliance de principe conclue entre Mittal et Thyssen. Car seuls les 3 membres du conseil d'administration de 3S seront habilités pendant cinq ans à prendre « des décisions relatives à une cession de Dofasco ». Guy Dollé avait d'ailleurs chiffré fin mars à 1,3 milliard d'euros la destruction de valeur en cas de revente de Dofasco. Ceci étant, cette initiative est loin de faire l'unanimité, notamment chez les associations de défense des petits porteurs. Et Colette Neuville, la présidente de l'Adam, de contester l'idée de « geler un actif dans un congélateur et de le soustraire au pouvoir de l'AG des actionnaires , et même au pouvoir du conseil d'administration ».
Et Mittal alors ? Le numéro un mondial compte bien ne pas abandonner le terrain de la communication à sa « proie ». Aussi a-t-il annoncé dans la foulée de la nouvelle offensive d'Arcelor qu'il allait riposter. Quoi qu'il en soit, le groupe enregistré aux Pays-Bas a prévenu qu'il allait amputer d'autant la partie numéraire de son offre si le dividende 2005 versé par Arcelor excédait les 0,8 euro par titre. Comme si la générosité de sa cible envers ses actionnaires venait en déduction de la sienne. Au sujet du dossier Dofasco, le groupe de Lakshmi Mittal s'est contenté de répliquer que son raid n'était pas « subordonné à la vente » du groupe canadien.

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