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Portrait

Anne Lauvergeon, l'électron libre

Charles-Emmanuel Haquet -  01/01/2008 00:00  - L'Expansion 
 
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Fonceuse et obstinée, la dirigeante d'Areva n'a besoin de personne pour bâtir un géant mondial du nucléaire. A bon entendeur...

Sacrés Chinois ! Jusqu'au dernier moment, Anne Lauvergeon a croisé les doigts. Il y a eu tellement de rebondissements autour de ce contrat portant sur la vente de deux réacteurs nucléaires que la rationnelle ingénieure des Mines a failli en devenir superstitieuse. Quatre années de fausses annonces, de négociations acharnées avec Pékin... Enfin, elle l'a signé ! La dirigeante du groupe nucléaire Areva va maintenant pouvoir profiter de son mari et de ses deux enfants, après une fin novembre plutôt trépidante : New York, en robe de soirée, pour recevoir une distinction. Rome, en tailleur gris, pour serrer quelques mains au Congrès mondial de l'énergie. Le Cap, en tenue de week-end, pour réfléchir, au sein d'un think tank, à l'avenir économique de l'Afrique du Sud (voir encadré page 100).

Un vrai tourbillon, cette Lauvergeon. Un concentré d'énergie dont tout le monde reconnaît la force de percussion. Ses hagiographes comme ses détracteurs. Cette femme aime le combat. Qu'un obstacle surgisse et « elle fait preuve d'une capacité phénoménale à mobiliser toutes ses ressources - ses réseaux comme ses équipes - pour l'abattre », commente un collaborateur. Rien ne la détourne de l'objectif qu'elle s'est fixé : bâtir un champion mondial du nucléaire. Voilà huit ans qu'elle s'y prépare. Elle n'a jamais été aussi près du but.

Qui aurait pu prédire un tel avenir à Anne, Alice, Marie Lauvergeon lorsqu'elle prit ses fonctions de chef de la division sol et sous-sol à la Direction régionale de l'industrie, en 1985 ? Certes, la jeune ingénieure des Mines, agrégée de physique à 21 ans, avait su se distinguer, lors d'un stage à Usinor, par son analyse brillante sur les « dysfonctionnements de l'usine de Montataire » (Oise). Mais il lui faudra attendre son entrée à l'Elysée, en 1990, pour se révéler : elle y devient chargée de mission, avant que François Mitterrand la remarque et la propulse sherpa. Pendant quatre ans, elle va orchestrer ses sommets internationaux.

Le chef de l'Etat apprécie son esprit cartésien. A ses côtés, la jeune « mineure » apprend la grandeur. « J'étais avec lui le jour où, en 1993, Balladur a été nommé Premier ministre, raconte-t-elle. En pleine tourmente politique, nous sommes allés rendre visite à une amie du président qui avait un cancer, puis nous nous sommes promenés longuement dans un jardin parisien. A aucun moment il n'a été question de politique. » Elle n'oubliera jamais son calme olympien. Désormais, les tempêtes pourront souffler, Anne Lauvergeon ne se laissera jamais déraciner.

Vivre au Château rend ambitieux. Lorsqu'elle quitte l'Elysée, en 1995, après l'élection de Jacques Chirac, elle veut se faire une place au soleil. Chez elle, c'est une habitude. Souvenir d'enfance : la petite Lauvergeon fait ses premiers pas à la maternelle de Langres. Nous sommes en cours d'année. Lorsqu'elle voit la salle comble, elle fait volte-face. « Il n'y a pas de place pour moi », s'exclame-t-elle. C'est, en substance, ce qu'elle dit aussi à Michel David-Weill, le patron de Lazard Frères, lorsqu'elle lui présente sa démission après avoir passé deux ans dans sa banque. En cause, une concurrence délétère avec Edouard Stern, le dauphin officiel du patron. Le conflit, larvé, éclate lorsque Jean-Pierre Rodier, le PDG de Pechiney, donne sa préférence à la jeune femme pour siéger dans son conseil d'administration.

Direction Alcatel. Cette amoureuse des sciences dures s'y sent déjà mieux. Serge Tchuruk la recrute pour son carnet d'adresses. Mais l'ancien sherpa ne s'estime pas traité à sa juste valeur. Elle se retrouve au fond d'un petit bureau, rue La Boétie. « Elle n'a jamais supporté d'être n° 2 », confie son père. Alors là, perdue dans la masse des prétendants... Peut-être aurait-elle pu s'accrocher. Tracer une voie vers le sommet. Mais Anne Lauvergeon veut plus que le pouvoir. Elle veut un destin. Dominique Strauss-Kahn va le lui offrir. En 1999, il la nomme à la tête de la Cogema (traitement d'uranium). Il a le nez fin. La Cogema est un bastion d'anciens des Mines. Anne Lauvergeon montre patte blanche. Rompue à la diplomatie élyséenne, elle a aussi le profil idéal pour négocier avec les Verts, qui veulent la mort de l'atome. A peine arrivée, elle ouvre des fenêtres dans le temple de la nucléocratie. « N'ayons pas le nucléaire honteux », clame-t-elle devant les blouses blanches incrédules. Elle installe des webcams dans le centre de retraitement de La Hague et lance une campagne sur le slogan « Nous n'avons rien à vous cacher ». Elle a enfin un rêve à sa mesure.

 
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