Cinq ans après leur tentative de rapprochement, les deux groupes ont confirmé vendredi qu'ils discutaient à nouveau fusion. De quoi, en cas de succès, former un rival de poids pour Cisco. De quoi aussi relance les spéculations sur l'avenir du français Thales à qui l'on promettait Alcatel.
Cinq ans après leur tentative de rapprochement avortée, Alcatel et Lucent discutent donc à nouveau fusion, mais cette fois « entre égaux » au prix du marché, c'est-à-dire sans prime boursière à la clé. Les deux équipementiers télécoms l'ont confirmé vendredi. En cas de succès, cette union donnerait naissance au numéro deux mondial du secteur juste derrière Cisco avec un chiffre d'affaires combiné de 21 milliards d'euros et une capitalisation d'environ 28 milliards.
De quoi visiblement enchanter les investisseurs pour qui la consolidation actuellement à l'œuvre chez les opérateurs télécoms, dont témoigne l'acquisition de BellSouth par AT&T, ne peut que s'accompagner d'un mouvement similaire chez les équipementiers, surtout s'ils sont à même de proposer conjointement du fixe et du mobile. Le mouvement a du reste débuté à l'automne dernier avec coup sur coup deux mariages d'envergure : l'un, entre le suédois Ericsson et le britannique Marconi et l'autre, entre les deux américains Cisco et Scientific Atlanta (décodeurs). Résultat : à Wall Street, l'action du groupe américain s'envolait de près de 10% peu après l'ouverture de la séance, cependant qu'à Paris, le titre Alcatel grimpait de 3,5%.
Pour Alcatel, un tel projet serait a priori plus séduisant que celui un temps envisagé avec Thales (voir encadré). Parce que le groupe dirigé par Serge Tchuruk se renforcerait considérablement sur le marché américain dans le mobile et les réseaux de nouvelle génération. Pour l'heure, un tiers de l'activité du groupe français émane du mobile contre près de la moitié pour l'américain. De même, la zone Amérique du Nord ne représente-t-elle que 14% des ventes du premier contre 63% pour le second.
Et puis, en soi, le duo serait éminemment complémentaire : Lucent, lui-même issu du second éclatement de l'empire AT&T il y a dix ans, occupe on le voit une position de choix aux Etats-Unis. Alcatel, lui, apporterait dans la corbeille son statut de numéro un mondial dans le filaire et le haut débit sur internet, ainsi que ses bastions en Europe et en Asie.
Resterait cependant plusieurs zones d'ombre à élucider, dont la toujours délicate question du leadership. Une opération « entre égaux » paraît en effet difficile sur le papier tant le rapport de forces semble aujourd'hui favorable à l'européen (ce dernier pèse en effet 40% de plus que son éventuel partenaire), après plusieurs années de purge impitoyable, tant dans ses effectifs que dans ses activités. Pour autant, les dirigeants de Lucent, et notamment Patricia Russo, la première d'entre eux, accepteront-ils cette fois de se laisser manœuvrer ? On se souvient que la tentative de 2001 avait précisément achoppé sur ces questions de gouvernance. Autre souci, la dimension sensible du secteur. Présent dans les satellites et la Défense, via ses 9,4% de Thales, Alcatel ne laisse par le gouvernement indifférent. Ce qui pourrait compliquer la tâche des deux protagonistes.

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