Avec un euro qui n'a jamais été aussi fort face au dollar, une firme comme Airbus est logiquement pénalisée sur le marché. Avec une devise européenne à 1,45 dollar, l'avionneur devrait alors trouver « 1 milliard d'euros d'efforts supplémentaires ».
Au moment où l'euro touche un plus haut face à la monnaie américaine au-delà des 1,41 dollar, Airbus, l'un des fleurons de l'industrie française et européenne, tire ouvertement la sonnette d'alarme. « Si l'euro devait continuer à monter à 1,45 dollar, ce serait un milliard d'euros d'efforts supplémentaires à trouver » pronostiquait ainsi fataliste, Fabrice Brégier, directeur général délégué d'Airbus, vendredi matin sur BFM. Ce dernier rejoint là en fait Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, pour qui ce différentiel entre les deux monnaies fait courir « des risques d'asphyxie » aux entreprises nationales.
Selon le n°2 de l'avionneur européen, une monnaie unique trop forte par rapport au dollar induirait en effet deux conséquences néfastes : primo, celle de durcir un peu plus encore le fameux plan de restructuration, Power 8, car celui-ci a été calé sur un euro à 1,35 dollar. Ce qui sous-entend forcément des suppressions de postes supplémentaires, lesquelles se montent déjà à 10.000 sur quatre ans. Et secundo, celle de geler pour une durée indéterminée les investissements dans tout nouveau programme. Logique, car comme le signalait Nicolas Bouzou, chef économiste du cabinet Asterès à l'AFP, « si les coûts de production en euro ne baissent pas, les charges diminuent, et donc la capacité à investir ou à embaucher ».
Pour autant, cette préoccupation envers l'envolée continue de la devise européenne ne date ni d'aujourd'hui, ni des derniers jours. A vrai dire, Louis Gallois, le patron d'EADS, stigmatise régulièrement depuis plusieurs mois la parité euro/dollar défavorable au champion européen. D'après lui, à chaque fois que la monnaie américaine abandonne 10 cents, sa filiale Airbus perd, elle, 1 milliard. Pourquoi ? Parce que l'industrie aéronautique mondiale opère en dollars (ventes d'appareils) tandis que l'avionneur européen assume la majorité de ses coûts de fonctionnement en euros. Un préjudice somme toute comparable à celui que subit Total, le géant pétrolier, qui écoule ses hydrocarbures en dollars mais publie ses comptes en euros.
Ceci étant, le président exécutif d'EADS réfute tout catastrophisme : « Il faut suivre cette évolution (…) mais ne pas surréagir si l'évolution est de très courte période ». Car le rival de Boeing a pris soin dit-il de se "couvrir" pour 2008 et pratiquement 2009. En clair, « le groupe vend à terme à un prix convenu à l'avance les dollars qu'il s'apprête à recevoir par la suite, explique à LExpansion.com Jean-François Virolle, chef économiste à la société de bourse Global Equities. Or, comme sa planification est assez simple vu qu'il ne produit qu'une fois les contrats signés, sa visibilité sur ses rentrées d'argent demeure relativement appréciable (…) Ceci étant, la visibilité sur le dollar au-delà de deux ans est quasi nulle. Donc prudence ». Sarah Guillou, économiste à l'OFCE au département de Recherche sur l'innovation et la concurrence, ne dit pas autre chose lorsqu'elle confie à LExpansion.com qu'Airbus a d'autant plus les moyens de se couvrir sur les marchés que la firme toulousaine « ne produit que sur commandes, ce qui lui permet d'anticiper son exposition comptable aux risques de change », sans compter qu'elle « gère ce désavantage en le reportant sur ses sous-traitants, qui, malheureusement n'ont pas ses capacités de couverture ».

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Que les hauts salaires d'Aibus cessent de pleurer sur l'euro fort, c'est pas nouveau, et qu'ils mettent une énergie en rapport avec leur salaire pour trouver des solutions, il parait qu'ils sont "capables de tout" comme dit la pub EADS.
je suis assez d'accord sur le fait que l'envolé de l'euro par rapport au dollard peut nous pénaliser. Pourquoi alors ne pas négocier les contrats en euro et non en dollar. Nous pâyons le pétrole en dollar et non en euro et pourtant à la pompe l'essence augmente. Qu'on ne me dise pas que nos "négociateurs"régle la facture pétrole en euro, ou alors il y a un problème de logique.
Si à court terme, la forte appréciation de l'euro face au dollar oblige Airbus à se restructurer (à licencier quoi) pour faire face aux coûts de transaction, à long terme elle gagne en productivité car elle est mieux structurée, mieux organisée et a des coûts salariaux moindres (du fait des restructurations). Non ?