L'avionneur européen profite à plein du salon de Dubaï : il consolide son programme A-350 et comble son retard sur Boeing. En deux jours, Airbus a récolté pour près de 40 milliards de dollars de contrats !
Airbus vit décidément une année contrastée : d’un côté, la filiale d’EADS est empêtrée dans un plan de restructuration drastique sous l’effet d’une parité euro/dollar largement défavorable et enquille les « Une » d’actualité pour des délits d’initiés présumés ; de l’autre, l’avionneur européen récolte les commandes à un rythme impressionnant – à commencer par celles de son A-350 – au point d’annoncer d’ores et déjà un nouveau record commercial pour cette année. De quoi lui permettre d’espérer coiffer sur le fil l’éternel rival, Boeing, qui, pourtant, ne chôme pas en accumulant lui aussi une pluie de contrats dans la région du Golfe.
Avec le salon de Dubaï, qui a ouvert ses portes dimanche pour cinq jours, Airbus semble en apesanteur : le groupe dirigé par Thomas Enders vient en effet en deux jours d’engranger pour plus de 38 milliards de dollars de commandes au prix catalogue. La compagnie publique Emirates s’est tout d’abord engagée dimanche sur 100 appareils, dont 70 A-350, puis dans la foulée le loueur d’avions DAE, Dubaï Aerospace Enterprise, a signé lundi une lettre d'intention pour une centaine d’autres, dont 30 A-350. La moisson s’est ensuite poursuivie avec une avalanche de lettres d'intentions pour l’A-320, le monocouloir vedette du groupe franco-allemand, la véritable machine à cash de ce dernier : Air Arabia part sur 34 exemplaires, l’opérateur NAS, spécialisé dans les voyages d’affaires, a opté pour une vingtaine d’unités, enfin, Saudi Arabian Airlines en souhaite 22. Un dernier contrat loin d’être anodin puisque cela fait vingt ans que ce transporteur n’a pas choisi Airbus. Soit un total de 76 appareils de la famille A-320 auxquels s'ajoutent 41 exemplaires en option.
Airbus profite donc du Dubaï Air Show, 10ème du nom, pour combler son retard sur Boeing. Quoi qu’il advienne maintenant dans les six dernières semaines de l’année, le groupe européen signera fin décembre un nouveau record. Le précédent remontait à 2005 avec 1111 commandes. Or, à ce jour, il peut déjà en revendiquer 1122. Surtout, à la faveur de son étape dans ce bout de désert, Airbus consolide son programme A-350 en flirtant avec la barre des 200 commandes fermes et en espérant franchir le cap des 300 d’ici la fin 2007. Ce qui reste certes nettement en-deçà des 736 commandes fermes de l’américain pour son appareil concurrent, le 787 Dreamliner, mais a le mérite de relancer le match entre les deux mastodontes du ciel mondial sur cette nouvelle génération de long-courriers. D’autant que le Dreamliner vient d’encaisser un premier retard de 6 mois et que les analystes du secteur n’en excluent pas un second. D’autant aussi que ces nouvelles commandes d’A-350 de Dubaï émanent de compagnies qui ont longtemps dénigré la 1ère version de l’appareil et dont les sévères critiques ont contraint le groupe européen à plancher en urgence sur une version au fuselage élargi (XWB-Extra Wide Body) et largement doté de matériaux composites.
Mais au-delà de ses prouesses commerciales, Airbus ne laisse pas d’intriguer. Car il ne cesse dans le même temps d’actionner la sonnette d’alarme en évoquant l’irrésistible ascension de l’euro par rapport au dollar, laquelle nuit gravement à sa compétitivité. Dernièrement, Thomas Enders évoquait même l’éventualité d’un durcissement supplémentaire de Power 8, le plan social né des déboires répétés de l’A-380. Ce qui signifie en clair davantage de suppressions de postes, lesquelles se montent déjà à 10.000 sur 4 ans. Or, comme le résume Jean-François Knepper, le délégué syndical FO "maison" : « Nous pointons le paradoxe entre l'accumulation de ces commandes - nous avions avant cette annonce pratiquement six ans de travail devant nous - et dans le même temps la poursuite par nos dirigeants du déroulement de Power8, avec des suppressions d'emplois et des ventes de sites (...) Comment va-t-on faire pour honorer les commandes de l’A-350 qui viennent d’être prises alors que le projet de vente de sites n’est pas finalisé ? (…) Le temps passe, on prend des commandes, mais si nos dirigeants ne reviennent pas sur le projet de ventes de sites sur Power 8, on ne saura pas les honorer dans les délais ». Une vision qu’un spécialiste parisien de l’aéronautique qualifie cependant de « mensongère », car, dit-il à L’Expansion.com, « il faut être rigoureux dans le détail des entrées et sorties. Or, Airbus, bien qu’il dégraisse massivement au total, continue d’embaucher dans la production et fait porter l’essentiel de ses coupes claires dans les fonctions administratives. De sorte qu'il est serait inexact de parler de situation paradoxale ». Ce que confirmait du reste lundi en fin d'après-midi la direction du groupe à l'AFP.

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