La compagnie retire à compter de demain vendredi sa commission aux agences. Un manque à gagner de 7% pour celles-ci; de quoi économiser 250 millions d'euros par an pour celle-là. Même si cette somme servira pour une petite partie à financer ses baisses de prix.
Fin des commissions. Exit les 7% de remise sur le prix des billets. A compter de demain, 1er avril (et ce n'est pas un canular), Air France cessera en effet de rémunérer les agences de voyages qui délivraient jusqu'à présent ses billets. Cela conformément à l'accord passé il y a huit mois avec le SNAV, le syndicat de branche. Ce qui devrait représenter un allègement annuel de 250 millions d'euros pour le groupe dirigé par Jean-Cyril Spinetta. Même si sur cette somme, une petite partie sera consacrée à financer la baisse des nouveaux tarifs.
Concrètement, Air France s'apprête donc à modifier cette nuit à minuit précise quelque 1,4 million de tarifs de base. Selon la direction commerciale du transporteur national, « tous les prix, hors frais, baisseront, mais pas tous de la même façon ». La compagnie se réserve ainsi la possibilité d'ajuster au coup par coup sa grille en fonction des destinations, selon leur taux de fréquentation. En clair, pour les clients, le changement sera indolore sur bon nombre de vols, légèrement plus avantageux sur certains et un peu moins sur une poignée d'autres. Un Paris-Nice au meilleur coût passera par exemple de 95 à 102 euros en agence et à 97 euros par internet ; un plein tarif Paris-Rome basculera de 1245 à 1270 euros. En revanche, un Paris-New-York à prix « cassé » baissera de 420 euros, à 410 euros.
Autant dire que l'entrée en vigueur de ce nouveau dispositif importé des Etats-Unis ne laisse pas d'inquiéter le réseau des quelque 5200 agences de voyages françaises, qui profitaient jusque là d'un système économique particulièrement favorable. A titre de dédommagement, Air France devrait toutefois leur rétrocéder 15 millions d'euros cette année. Soit cependant à peine 3000 euros en moyenne par agence. Autre souci, également, pour le SNAV : celui de la nécessaire harmonisation des taux de TVA sur les « frais » des vols domestiques. Pour la compagnie, ce taux est actuellement de 5,5%, or pour les agences, il est de 19,6%. César Balderacchi, le président du syndicat national des agences de voyages, attend dorénavant de rencontrer le patron de Bercy pour évoquer ce point délicat.
Ceci étant, le vrai problème de cette révolution tarifaire est peut-être ailleurs. Car fondamentalement, ce qui va changer, c'est la relation clientèle. « Beaucoup de petites agences vont devoir passer du rôle de simple prestataire de services à celui de commerçant avec valeur ajoutée à la clé, confie à L'Expansion.com, Michel Benloulou, le patron de Sombrero Voyages, une petite agence de quartier à Paris, membre du réseau intégré Tourcom, tout à fait représentative du milieu. Car il faudra bien vendre au client « un + » afin de se démarquer des offres sur le Net ou des points de vente de la compagnie ». D'où le risque d'un mouvement de concentration et de liquidation des agences les moins performantes. Pour Jean-Pierre Mas, le PDG du réseau de vente Afat Voyages, « entre 15 et 25% des agences sont ainsi menacées de disparition ». C'est du reste ce qui s'est produit outre-Atlantique il y a quelques années.
« Cela va être sanglant durant les premiers temps, prédit d'ores et déjà le directeur de Sombrero. A priori, la saison été 2005 sera lamentable, car Air France communiquera énormément durant les premiers mois sur le nouveau système. Mais, on peut espérer un retour de balancier pour la saison hiver prochaine ». On touche là sans doute à un point crucial du plan « commission zéro » d'Air France. « Dans deux ans, la compagnie pleurera son erreur, pronostique ainsi un autre spécialiste du secteur qui a tenu à garder l'anonymat. Puisque plus de sept de ses billets sur dix sont vendus chez « nous », elle devra composer. Et cesser de croire qu'il n'y a pas d'autre alternative. Sur des Paris-Tokyo, on peut toujours passer moins cher par Cathay Pacific… ».

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