Vive l'économie du quaternaire

Marc Landré -  26/03/2007 09:49:00  - L'Expansion.com 
 

Michèle Debonneuil - ancienne responsable du service des questions économiques du Commissariat au Plan etconseillère du ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo - plaide pour une économie fondée sur des nouveaux produits mixant biens et services.

Dans quelle société voulons-nous vivre demain ? Cette question, l'économiste Michèle Debonneuil - ancienne responsable du service des questions économiques du Commissariat au Plan et actuelle conseillère du ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo - ne cesse de se la poser. Son constat est simple : l'économie est en conflit ouvert avec la société et notre modèle est arrivé à la fin d'un cycle. « On doit inventer quelque chose de nouveau », assure-t-elle. Faut-il pour autant désespérer ? Non, répond Michèle Debonneuil qui nous invite tous, dans son dernier livre « L'espoir économique » (Bourin éditeur), à réorienter la croissance des pays les plus riches vers un nouveau type de produits qui ne sont ni des biens, ni des services, mais de nouveaux services incorporant des biens. C'est ce qu'elle appelle « l'économie du quaternaire ». Il faut, selon elle, changer de modèle, de paradigme pour dépasser le monde post-industriel dans lequel nous vivons et créer la société de demain. « Nous sommes dans une période de transition et changeons actuellement de civilisation, avoue-t-elle. C'est le rôle des pouvoirs publics que d'accompagner ces changements et de faire en sorte que les mutations soient possibles et se fassent en douceur. » Une idée assez proche de celle développée par l'américain Jérémy Rifkin qui, dans son livre « L'âge de l'accès » en 2002, parle d'une nouvelle culture du capitalisme grâce à la révolution de la nouvelle économie. Explications.

« Les produits de l'économie du quaternaire seront conçus pour satisfaire les besoins des consommateurs aisés des pays développés et les feront passer d'une vie dans laquelle ils rêvaient d'avoir plus à une autre où ils chercheront à être mieux », indique Michèle Debonneuil, exemples à l'appui. Pour assurer le besoin de transport, l'économiste propose que les individus s'abonnent à un service permettant d'utiliser une flotte de voitures en libre-service, avec ou sans chauffeur, plutôt que d'en acheter plusieurs soi-même et d'en assurer l'entretien, l'assurance et l'ensemble des frais… « Le matériel importe peu, ce qui compte vraiment et qui apporte une vraie valeur ajoutée, c'est le service qui vous simplifie la vie », justifie-t-elle. Pour satisfaire ses besoins en hi-fi, elle suggère de s'abonner à un service permettant de disposer d'un conseil personnalisé quant au choix du matériel, de sa mise à disposition, de son installation, de l'explication de son fonctionnement et de son remplacement en cas de panne, pour ne pas avoir à choisir parmi une offre pléthorique, à se déplacer en magasin pour se renseigner et acheter, à devoir déchiffrer les notices d'utilisation... Bref, des formes de services embryonnaires aujourd'hui mais qui seraient généralisées pour le bien-être de tous, notamment grâce aux nouvelles technologies.

D'aucuns diront que cette société du quaternaire que propose Michèle Debonneuil est une société de riches capables de dépenser leur argent pour satisfaire des besoins de confort. « Nous ne sommes plus en mesure de nous battre à armes égales avec les pays en développement, réplique-t-elle. Nous devons créer une société de services centrée sur les biens et basée sur la satisfaction des besoins individuels. Ce n'est que comme cela que l'on réussira à retrouver un avantage comparatif par rapport aux pays en développement. » Alors la période de transition n'en est qu'à son tout début et il faudra une forte mobilisation, notamment politique, pour transformer les sociétés occidentales en économie du quaternaire. « Tous les services sont à créer, reconnaît Michèle Debonneuil. Mais ils ne reposeront en rien sur de la technologie et il ne sera pas nécessaire d'avoir un Bac +18 pour les inventer. » Michèle Debonneuil, en tout cas, croit dur comme fer à sa société du quaternaire qui, d'après elle, ne verra le jour que dans 15 ou 20 ans. C'est d'ailleurs à peu près le temps qu'il lui a fallu pour mettre en place en France les fameux « services à la personne » - elle est l'instigatrice du plan lancé par Jean-Louis Borloo en 2005 - dont on estime aujourd'hui à 150.000 le nombre d'emplois créés en 18 mois et dont le potentiel, selon le ministre de l'Emploi, avoisine les 500.000, au moins.

« L'espoir économique »
, de Michèle Debonneuil, Bourin éditeur, 144 pages, 16 euros.

 
 
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Commentaires - (7)
ausone 2/5/2008 Recommander 0

Après 20 ans passé les mains dans le cambouis de la conduite du changement et l'innovation par les TIC, mon humble expérience me conduit à penser,d'une part, que les vrais changements ne sont pas prédits d'en haut mais naissent quasi spontanément d'en bas, et d'autre part, que les dimensions psychologique et sociale sont les points majeurs de l'acceptation ou du refus d'un changement. Alors, imaginer que tout le monde va se passer d'une voiture, véritable prolongement de l'identité, est une pure vue de l'esprit, une vraie pensée technocratique, dans la grande tradition jacobine. Et si les grands serviteurs de l'Etat formés avec les impôts des contribuables, pouvaient davantage consacrer leur temps sur le terrain, ils verraient de la hauteur de leur lucidité, que les individus veulent être libres et reconnus, et pas un simple numéro de client/usager dans des économies de services aliénantes, fussent elles du quaternaire. La vraie réussite d'une "économie du quaternaire" passerait justement par la disparition des planifications, des hierarchies, des clients... Ce qui ne semble pas vraiment le propos de Mme Debonneuil, ni son propre intérêt. La condition majeure du déclenchement d'organisations, coopératives et solidaires, pour la production et l'échange de biens et services seraient que l'accès au modèle actuel devienne insoutenable, économiquement (c'est bien parti) et/ou moralement (c'est moins certain). L'innovation radicale ne vient jamais de l'intérieur du système!

CORDIER 4/5/2007 Recommander 0

je mène déjà depuis 13 ans une activité secondaire qui répond exactement à ce profil: diffuser conseil de prévention et service d'approvisionnement en équivalent "17 fruits et légumes par jour" pour les particuliers désireux d'investir dans leur mieux-être au présent et leur santé future (c.f directives ministérielles fruits et légumes); les effets sanitaires, économiques à l'échelle individuelle et collective (effet coopératif) ont un impact social qui réjouirait l'auteur de l'article ! le futur c'est déjà depuis hier !

égalité 28/3/2007 Recommander 0

cette farce de nos sociétés devenant (productrices) de services a la (consommation????)n'est pas née d'hier, il y a quelques années les prophétes en économie nous prédisaient que les etats-unis serait cette farce indigeste pour les tenants de l'impérialisme de l'économie qui est aussi celle du pouvoir politique .une seule vérité existe pour exprimer la puissance c'est celle de l'industrie d'un pays dans tous ses crenaux qui met en exergue la puissance de cette nation .

égalité 28/3/2007 Recommander 0

le reve passe l'idéal meurt d'incomprehension, l'homme est un chercheur qui joue sans arret sur l'escarpolette et les cordes qui le soutiennent ne sont que les illusions qu'il se donnent .mme debonneuil est sans doute une tiers mondialiste d'une nouvelle veine,sa société rationnelle? pour qui je me le demande . doit elle reconstruire l'utopie du marxisme a chacun selon ses besoins a chacun selon son travail(sarkosy) propose ça plus la lutte contre le chaumage je crois .est-ce que la distribution des richesses produites par les sociétés humaines étant suffisantes,le libéralisme ou l'homme plus simplement s'accomodera t-il de cette société égalitariste ?.personnellement je crois que la course a la production de biens de consommation restera la pierre angulaire de nos sociétés presente et a venir .il suffit d'etre materialiste sans tenir compte de l'histoire pour savoir que l'homme est un explorateur qui irra au bout de ses déconvenues, en sachant pertinamment que l'avenir meurt avec sa vie qui le quitte .je ne crois pas hypocritement que l'avenir sont ceux qui nous succedent

Cavalier 27/3/2007 Recommander 0

J'ai noté que la conseillère économique de celui qui pourrait bien être notre futur Premier Ministre déclare que nous ne sommes plus en mesure de lutter avec les pays en développement (je suppose qu'elle veut dire, émergents comme la Chine ou l'Inde...). C'est plein d'espoir... car en effet on aurait pu craindre que la volonté de ''réformer'' (cad baisser les coûts des entreprises, et les avantages acquis du bon peuple) serait toujours plus grande...là on est rassuré: elle renonce. Quand il n'y aura plus que des emplois pour ''le service à la personne'' plus personne n'aura les moyens d'acheter des produits étrangers et c'est là que l'économie de l'ère quaternaire va nous sauver!

maiyé 27/3/2007 Recommander 0

Parler de quaternaire dans une économie qui se délite me fait penser que l'auteur n'est pas dans la vraie vie celle qui oblige les salariés à se bouger les fesses pour tenter d'obtenir ou de sauvegarder un emploi de plus en plus précaire ou celui qui à plus de 50 ans n'a plus de place dans le monde du travail ou le jeune diplômé n'a pas assez d'expérience pour être embauché ou pour un salaire dépassant rarement le SMIC.Le service aux personnes n'a pas besoin de qualification et les surdiplomés ne servent à rien sauf à se demander pourquoi ils ont fait tant d'études pour s'occuper des personnes viellisantes.No future pourrait on dire.Les anciens eux se posent la question de leur devenir dans la mesure ou les maisons de retraite ont un cout prohibitif rendant impossible leur admission dans ces établissements.Sans doute l'Etat doit retrouver son rôle de régulateur qu'il a abandonner qu'il a déserter au détriment des citoyens.

sicherman 26/3/2007 Recommander 0

Est ce possible? Si on n'a plus d'avantages comparatifs c'est dramatique. On peut bien incorporer autant de services (non importés) qu'on voudra, il faudra bien vendre des biens produits en France sur le marché mondial pour payer les biens que nous importons et que les services évolués ne vont pas diminuer. Même si on mutualise nos voitures, leur nombre ne va pas diminuer. Ls services incorporés effectués par des français continueront à coûter de plus en plus cher et se raréfieront car c'est la raison même des évolutions des 30 dernières années (pompes sans pompistes avec automates; Mac Donald sans serveurs; hôtels sans réception avec distributeur de clefs type Formule 1; éducation sans professeur sur l'Internet; banques sans guichets; etc..). Je ne comprends pas ce modèle quaternaire qui veut nous isoler du marché mondial. Sauf à devenir des moines et des ermites qui ne consommeront plus que du spirituel et renonceront au matériel. C'est bien quand on est vieux, pas quand on est jeune!

 
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