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FRANCE

Une prospérité bien partagée

Béatrice Mathieu -  01/04/2006  - L'Expansion 
 
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La question du partage des fruits de la croissance revient au premier plan. A gauche, on stigmatise les profits record des entreprises françaises en 2005, qui auraient pour corollaire une compression de l'emploi. A droite, on invoque comme une menace pour la croissance la baisse de la profitabilité, les pertes de compétitivité et le poids de la masse salariale. Les statistiques de l'Insee sur une longue période permettent de remettre les pendules à l'heure et de faire taire les querelles idéologiques.

Le partage de la valeur ajoutée (celle-ci représente le montant des richesses créées chaque année en France) entre ce qui revient aux salariés et ce qui reste dans l'entreprise a beaucoup varié depuis quarante ans. Entre 1970 et 1980, la profitabilité des entreprises françaises n'a cessé de se détériorer, le taux de marge passant de près de 32 % à moins de 25 %. Au cours de la décennie suivante, on a assisté au phénomène inverse, avec la modernisation du capitalisme français. Mais, depuis le début des années 90, un équilibre semble s'être installé, et la répartition de la valeur ajoutée entre profits et emploi a finalement peu varié. Il n'y a donc pas eu - comme en Allemagne - une répartition des fruits de la croissance en défaveur des salariés.

Cette stabilité masque un double phénomène. D'abord, une réduction drastique des frais financiers. Avec la baisse des taux, surtout depuis l'adoption de l'euro, les patrons ont énormément réduit le montant des intérêts versés. La charge de la dette des entreprises françaises, rapportée à la valeur ajoutée, est ainsi tombée l'an passé à son plus bas niveau depuis 1978 !

Parallèlement, avec la financiarisation de l'économie et l'arrivée en force des fonds de pension, la part des profits distribuée aux actionnaires n'a cessé de croître. Ces dividendes ont atteint près de 8 % en 2005, du jamais-vu depuis trente ans. De quoi inciter les salariés à devenir petits porteurs !

 
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