
La zone euro est sortie de récession pendant l'été, après cinq trimestres consécutifs de recul du PIB. Mais cette reprise est fragile car le chômage va continuer d'augmenter. Un retour en récession l'an prochain n'est pas exclu.
Ce vendredi 13 novembre restera gravé comme un jour de chance en Europe. France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Autriche, Portugal... Les chiffres de croissance du produit intérieur brut (PIB) des principales économies de la zone euro sont tombés comme autant de rayons de soleil dans la grisaille de la crise économique.
Le PIB des seize pays de la zone euro a enregistré une croissance de 0,4% au troisième trimestre comparé au précédent. Ces chiffres mettent fin à cinq trimestres consécutifs de recul de l'activité pour la zone euro. Le plongeon avait été record au premier trimestre 2009 (-2,5%), avant une baisse de 0,2% au deuxième trimestre. Les 27 pays de l'Union européenne sont également sortis de la récession, avec une hausse du PIB de 0,2%. L'Europe rejoint donc les Etats-Unis, qui ont également repris le chemin de la croissance au troisième trimestre.
L'Allemagne et la France, qui étaient déjà toutes deux revenues en territoire positif dès le deuxième trimestre, continuent sur leur lancée (+0,7% et +0,3% respectivement), tandis que d'autres poids lourds de l'économie européenne les rejoignent. C'est le cas de l'Italie (+0,6%), des Pays-Bas (+0,4%) et de l'Autriche (+,09%).
"C'est incontestablement une bonne nouvelle, commente Cédric Thellier, économiste chez Natixis. Cela signifie que les effets des plans de relance se font sentir et que la croissance retrouvée en France et en Allemagne au deuxième trimestre se généralise dans l'ensemble de la zone."
Mais la reprise est fragile. La croissance du troisième trimestre est en effet moins forte que celle attendue par les analystes interrogés par Dow Jones Newswires, qui tablaient sur une hausse de 0,6% en moyenne. Et comparé au troisième trimestre de 2008, le PIB de la zone euro accuse un recul de 4,1%.
Eurostat ne donne pas encore les différentes composantes de la croissance. Mais selon Cédric Thellier, elle serait essentiellement tirée par la hausse des exportations, notamment dans le secteur de l'automobile grâce à la prime à la casse, et la reconstitution des stocks industriels. En revanche, la consommation "devrait avoir connu une croissance faible ou nulle", selon Howard Archer, économiste à l'institut IHS Global Insight, cité par l'AFP. Et les taux d'utilisation des capacités des entreprises reste historiquement bas, à 70%.
La croissance devrait se poursuivre au quatrième trimestre. Mais les économistes mettent en gardent contre un excès d'optimisme. "Des risques continuent à peser sur la solidité de la reprise à moyen terme", souligne Clemente De Lucia, économiste chez BNP Paribas. Il estime qu'elle "pourrait s'affaiblir l'année prochaine, une fois que les effets des mesures de relance exceptionnelles, qui soutiennent la demande, ne se feront plus sentir".
Un avis partagé par Cédric Thellier de Natixis. "Nous prévoyons une croissance du PIB de la zone euro aux premier et deuxième trimestre 2010, indique-t-il. Mais après nous n'excluons pas un retour en récession car les relais de soutien de la croissance après les plans de relance sont inexistants."
En effet, il ne faut pas compter sur les pays émergents, notamment la Chine, ni sur les Etats-Unis, pour augmenter fortement leurs importations en provenance de la zone euro. En outre, la force de l'euro face au dollar, qui devrait se maintenir au premier semestre 2010, va peser sur la compétitivité des entreprises européennes.
Quant à la demande intérieure, elle risque fortement d'être pénalisée par la hausse continue du chômage car il réagit traditionnellement avec retard sur le redémarrage de l'activité. La Commission prévoit qu'il atteigne un taux moyen de 9,5% cette année, puis 10,7% l'an prochain et 10,9% en 2011 en zone euro. S'ajoute à cette menace l'inflation limitée voire nulle des salaires."Les capacités de dépense des ménages européens seront très limitées", note Cédric Thellier.
Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la reprise devrait devrait fléchir l'an prochain. L'exécutif européen s'attend successivement à des taux de croissance de 0,2% au quatrième trimestre, puis de 0,1% lors des deux premiers trimestres de 2010.

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