
Le marché du travail français est connu pour être très régulé. Le smic n'existe pas dans de nombreux pays, et il est élevé par rapport au salaire moyen. De plus, notre pays est caractérisé par une législation en apparence très stricte sur les licenciements et par le recours important au travail temporaire.
Cette forte régulation a du bon, semble-t-il, pour les salariés les moins qualifiés. Le taux de travailleurs à bas salaires est nettement plus faible en France qu'ailleurs : environ 10 % en 2005, contre près de 22 % au Royaume-Uni, 23 % en Allemagne et 25 % aux Etats-Unis (seul le Danemark fait mieux, avec 8,5 %). De même, la forte protection de l'emploi dont bénéficient les salariés atténue l'impact sur l'emploi de crises telles que celle que nous traversons.
Mais cette forte régulation a aussi des contreparties négatives en termes de qualité de l'emploi. L'existence d'un salaire plancher élevé conduit les entreprises à intensifier le travail afin de réduire les coûts au minimum. Au bout du compte, les salariés sont très insatisfaits : seulement 36 % d'entre eux estiment être correctement payés pour le travail effectué, contre 47 % en moyenne dans l'Union européenne.
Parallèlement, la protection de l'emploi, en apparence si rigide, offre une marge de flexibilité importante en raison du nombre impressionnant de contrats spécifiques (et dérogatoires par rapport à ce dont bénéficient les CDI et CDD "standards"). Soulignons aussi une hypocrisie bien française. On régule beaucoup, mais on contrôle peu : le nombre d'inspecteurs du travail rapporté à celui des salariés est faible en France, ce qui facilite de nombreuses pratiques illégales.
Au total, faut-il renforcer les règles, ou, au contraire, les supprimer ? Ce ne sont pas le "trop" ou le "trop peu" qui sont en cause, mais la mauvaise régulation : plutôt qu'une réglementation toujours plus complexe et à l'efficacité limitée, un meilleur équilibre entre règles légales et régulation négociée, fondé sur de véritables contre-pouvoirs sur les lieux de travail, serait bien préférable.
* Ils viennent de diriger Bas salaires et qualité de l'emploi : l'exception française ?, collection du Cepremap, Editions Rue d'Ulm.


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