
Le patron de la BCE a laissé jeudi son principal taux directeur inchangé à 1% mais sans dire qu'il s'agit d'un plancher. Il estime que la baisse historique des prix dans la zone euro sera de courte durée.
La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi ses taux directeurs à leur niveau historique et tenté d'apaiser les craintes de déflation en zone euro réapparues récemment.
"Nous nous attendons à ce que l'épisode en cours de taux d'inflation extrêmement bas ou négatifs soit de courte durée", a déclaré son président Jean-Claude Trichet, lors d'une conférence de presse à Luxembourg.
Le conseil des gouverneurs, qui se réunit deux fois l'an hors du siège de Francfort (ouest de l'Allemagne), avait décidé plus tôt de maintenir le principal taux directeur à 1%.
Le débat sur les risques d'une déflation -baisse généralisée et durable des prix paralysante pour l'économie- a ressurgi après l'annonce mardi d'un recul inédit des prix en zone euro au mois de juin, de 0,1% sur un an.
Le phénomène était anticipé, il est "temporaire", a insisté Jean-Claude Trichet. Les prix vont baisser "dans les mois à venir", puis recommencer à augmenter "modérément", selon lui.
Côté conjoncture aussi, le Français n'a pas fondamentalement modifié son message.
La BCE attend toujours la reprise d'une croissance trimestrielle à la mi-2010. D'ici là, "l'activité devrait rester faible pendant le reste de l'année, tout en se contractant moins fortement qu'au premier trimestre", a-t-il dit.
Malgré la dégradation des conditions du crédit en zone euro, potentiellement dangereuse pour les chances de relance économique, l'institution n'envisage pas de prendre des mesures supplémentaires pour le moment, a-t-il déclaré.
Outre la forte baisse des taux directeurs - le principal était encore à 4,25% en octobre -, la BCE abreuve les banques de liquidités bon marché depuis le début de la crise, pour les encourager à prêter de nouveau. Il y a une semaine, elle a alloué plus de 442 milliards d'euros lors de sa première opération de refinancement sur un an, un montant massif qui, pour M. Trichet, prouve la "pertinence" de la voie choisie par la BCE.
A présent, "les banques commerciales doivent prendre leurs responsabilités", a-t-il dit. Elles doivent aussi recourir davantage aux possibilités qui leur sont offertes pour renforcer leur capital, notamment aux plans de soutien gouvernementaux, a-t-il répété.
Le président de la BCE a par ailleurs jugé que le niveau des taux d'intérêt directeurs restait "approprié". Il a pris soin de garder l'option de nouvelles baisses de taux ouverte: le conseil n'a pas décidé que le niveau actuel du principal taux était le plus bas possible, a-t-il redit.
Mais les économistes ne pensent pas qu'il descendra plus bas. "Il semble que la BCE se sente très bien à ce niveau", réagit Carsten Brzeski, économiste chez ING.
"Seule une soudaine détérioration des perspectives de croissance et d'inflation pourrait contraindre la BCE à intervenir de nouveau", ajoute-t-il.
La banque centrale suédoise, la Riksbank, a décidé quant à elle de passer à l'action jeudi, réagissant à une agravation de la crise dans le pays par une baisse de son principal taux d'un quart de point à 0,25%.
Pour la majorité des économistes, la BCE est entrée dans une période de "wait and see" qui pourrait se prolonger jusque fin 2010.
Elle "va attendre de voir si ses mesures mises en place pour relancer l'économie fonctionnent", souligne Alexander Krüger, de la banque allemande Bankhaus Lampe.
Un programme d'achat d'obligations sécurisées, qui va débuter le 6 juillet a précisé M. Trichet, doit encore venir soutenir sa panoplie de mesures.


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