Total & Co encaissent le choc de la nationalisation du gaz bolivien

Ingrid Vergara -  02/05/2006 16:56:00  - L'Expansion.com 
 

La Bolivie a décrété la nationalisation de son gaz et de son pétrole. Prudentes dans leurs réactions, les sociétés pétrolières étrangères, Brésil et Espagne en tête, s'inquiètent pour leurs investissements.

La Bolivie a mis ses menaces à exécution. Son président, Evo Morales, a décrété lundi la nationalisation du gaz naturel et du pétrole du pays. "L'Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ses ressources" a-t-il déclaré. Au même moment, des soldats boliviens prenaient le contrôle de tous les gisements gaziers et pétroliers exploités par des sociétés étrangères, dont ceux co-exploités par le groupe français Total. C'est donc désormais, la compagnie publique bolivienne YPFB qui assurera la commercialisation et définira les conditions, les volumes et les prix, "tant pour le marché intérieur que pour l'exportation" a précisé le président bolivien. D'après les premiers éléments, les sociétés étrangères devront donc remettre la propriété et leur production à YPFB. Elles auront six mois pour négocier avec l'Etat bolivien de nouveaux contrat d'exploitation, et devront verser désormais 82% de leurs revenus pétroliers à l'Etat contre 50% jusque là. Si elles refusent, elles devront partir. 

Pour les compagnies étrangères, le coup est dur. Signe de leur malaise, elles étaient avares de commentaires mardi, expliquant qu'elles devaient prendre le temps d'examiner en profondeur le contenu exact du complexe décret. Très impliquée dans le pays, la compagnie hispano-argentine, Repsol, s'est dit mardi disposée à ouvrir des négociations pour trouver un compromis. Jugeant « préoccupante » la nationalisation des hydrocarbures, le groupe a indiqué au quotidien El pais qu'il n'envisageait pas de quitter le pays dans lequel il a déjà investi un milliard d'euros et qui représente 10% de sa production de gaz et 17% de ses réserves. A la bourse de Madrid, l'action Repsol était sanctionnée mardi. Le gouvernement espagnol avait lui aussi exprimé dès lundi « sa profonde préoccupation ».

La Commission européenne s'est dite également « soucieuse » de cette décision, estimant qu'elle risquait d'accroître encore plus la tension sur les prix pétroliers. Peu loquace, la société française Total refusait tout commentaire mardi, et mettait en avance la faiblesse de sa production gazière sur le terrain, qui représente 0,84% de sa production totale de gaz. Total détient une participation de 15% dans les gisements de San Alberto et San Antonio et quatre autres permis sur des gisements en phase d'exploration et d'appréciation. Selon une étude de Merrill Lynch, la Bolivie est moins un pays où la production est déjà forte qu'une zone d'investissement dans une branche recherchée, le gaz, car proche de gros consommateurs comme les Etats-Unis. D'après les analystes de la banque d'affaires, le gaz bolivien représentait 8% des réserves prouvées de Total. Mais le pétrolier français refuse de communiquer sur les chiffres . Son partenaire en Bolivie, la société brésilienne Petrobras a qualifié la décision de "geste inamical qui peut être interprété comme une rupture des accords passés avec le gouvernement bolivien". Son président devait rencontrer en urgence mardi le chef de l'Etat brésilien à ce sujet.

Bien que brutale, cette décision du président bolivien n'est pas une surprise. Depuis trois ans, la question des ressources de gaz, les deuxièmes plus importantes d'Amérique Latine après celles du Vénézuela, ont déjà fait sauter deux présidents d'un pays où 70% de la population vit dans la misère. Suite à d'importants mouvements sociaux, le Parlement bolivien avait déjà relevé à 50% les impôts et royalties à verser par les compagnies étrangères en 2005. Premier indien élu à la fonction présidentielle, Evo Morales avait prévenu de son intention de nationaliser les hydrocarbures pour plus de justice sociale, mais sans préciser les modalités. « Le pillage de nos ressources naturelles par des sociétés étrangères est terminé' » a-t-il lancé lundi au peuple bolivien. Le président bolivien suit ainsi les traces de son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, qui a imposé aux multinationales étrangères de renégocier leurs contrats avant le 31 mars dernier, ou d'abandonner certains de leurs champs. Exception faite d'ExxonMobil, elles ont toutes accepté.     

 
 
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