Avec ses cheveux en brosse, son sourire narquois et son allure débraillée, Takafumi Horie n'est pas un patron japonais ordinaire. Ce jeune loup d'Internet de 32 ans, symbole d'une nouvelle génération d'entrepreneurs, a semé la panique dans le monde feutré des affaires nippon en lançant cette année une offre publique d'achat hostile dans le sec- teur de l'audiovisuel. Même si son raid a échoué, il a soulevé un tollé dans ce pays peu habitué aux « méthodes à l'américaine ».
Rarement, en tout cas, un jeune patron aura autant fait parler de lui. Takafumi Horie est en effet devenu la coqueluche des médias et a fait la couverture d'innombrables magazines. Rapidement surnommé « Horiemon » par la presse, en référence à Doraemon, le héros chat-robot d'un manga populaire, il passe pour un « extraterrestre », à des années-lumière de l'image d'Epinal du patronat japonais.
Là où ses pairs cultivent la concertation, les discussions policées, ses méthodes sont directes et agressives. Là où les dirigeants d'entreprise nippons évitent l'ostentation, il roule en Ferrari, vit dans un appartement au loyer mensuel de plus de 17 000 euros et écrit des best-sellers comme Comment gagner 10 milliards de yens. Là où le costume-cravate sombre est de rigueur, il porte des tee-shirts et se présente sur les plateaux de télévision sans chaussettes, pieds nus dans ses chaussures, choquant une majorité de ses concitoyens, mais séduisant les autres.
Rendu célèbre par un raid éclair osé
Atypique, cet électron libre a pourtant parfaitement assimilé les rouages du business nippon puisqu'il dirige Livedoor, une des entreprises phares de la nouvelle économie. Ce portail Web de 10,6 millions d'utilisateurs a plus que triplé son chiffre d'affaires (389 millions d'euros) depuis un an.
Mais ce qui l'a vraiment propulsé sur le devant de la scène, c'est son raid, en février, contre la radio Nippon Hoso, dont il a acquis 49,8 % des actions en une seule journée, en dehors des heures d'ouverture de la Bourse ! C'était la première prise de contrôle hostile au Japon depuis cinq ans. La cible réelle était en fait la chaîne de télévision Fuji Television, dont Nippon Hoso était le plus gros actionnaire. L'affaire a tourné court mais elle a rendu ce trublion célèbre.
Profitant de sa réputation sulfureuse, Takafumi Horie s'est lancé en politique. Parrainé par le Premier ministre Junichiro Koizumi, vainqueur des législatives du 11 septembre dernier, il a été parachuté comme candidat indépendant à Hiroshima. Un pari de trop, puisqu'il a été battu par un vieux routier de la politique bien implanté dans la région. Le lendemain, l'action Livedoor enregistrait une baisse de 0,82 %... Au Japon, la provocation a ses limites.

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